L’action de la prochaine décennie ?

En ce début de décennie, un petit exercice ludique est d’essayer de s’imaginer quelle pourrait être l’action de la prochaine décennie. Quand je dis ça, précisons que j’imagine plutôt une action dont le cours pourrait être multiplié par 10 sur les 10 prochaines années, et donc avoir décuplé en 2030 par rapport à aujourd’hui.

 

Flashback sur les actions aux performances impressionnantes sur la décennie 2010-2019.

Essayons de revenir en 2010. Quelles actions aurions-nous pu trouver correspondant avec ce profil ?

Nano-caps et Small-Caps : pas le bon profil pour un flash-back intéressant.

Nous allons nous fixer comme préalable d’éviter les microcaps et les nanocaps. En effet, même s’il y en a qui ont fait depuis *10 et plus, et qui auraient pu être identifiées, vous n’auriez vraisemblablement pas investi une part significative de votre portefeuille sur la dite small-cap, mais plutôt diversifié celui-ci sur de nombreuses entreprises de cette petite taille.

Par exemple, je me souviens personnellement avoir été actionnaire  de small-caps sur cette décennie dont le cours a été multiplié dans cet ordre de grandeur. Sans trop me creuser la tête, je pense spontanément à Claranova et Xpel Technlogies. Eh bien, vous savez quoi ?

Premièrement, pendant ce temps, j’ai eu en parallèle d’autres nanocaps qui ont été à la cave. Et surtout, j’ai vendu ces 2 actions bien avant que leur cours ne décuple.

Difficile en effet de résister à la tentation de prendre ses profits, quand le cours d’une entreprise de petite taille (et dont on a de ce fait du mal à apprécier si elle a su bâtir quelques barrières à l’entrée) a déjà doublé ou triplé.

Large-caps.

Il me semble qu’il est plus aisé de résister à cette tentation s’il s’agit d’une large-cap ou d’un leader mondial

Prenons Apple. Début janvier 2010, vous n’aviez peut-être pas encore d’Iphone, mais vous pouviez commencé à en voir dans votre entourage. L’action Apple cotait 29,9 $. Son cours est aujourd’hui de 298 $. Multiplié par 10, pile poil dans notre cible !

Plus difficile, si vous connaissiez déjà Netflix et aviez pu y penser comme investissement : 9 $  en janvier 2010, 330 $ aujourd’hui, soit une multiplication par 33 !

Reconnaissons toutefois que l’on a commencé à voir l’entreprise de streaming discutée (sur les forums par exemple) en tant qu’investissement potentiel plutôt à partir de 2013 quand son cours avoisinait les 35 $ : on retrouve donc à nouveau le facteur multiplicateur de 10 pour ceux qui avaient su à l’époque la détecter comme « la future action de la décennie » !

Une performance également impressionnante est celle d’AMD, le concurrent d’Intel. D’un cours de 8 $ début 2010, l’action chute à 2 $ en 2015, pour remonter à 48 $ aujourd’hui. Heureux celui qui a su l’acheter en 2015. Néanmoins, son avantage concurrentiel (moat) était sur le papier faible : la théorie disant que si Intel  à un instant donné domine le marché des microprocesseurs à 80% en proportion, Intel aura une puissance de R&D et une puissance de contrôle des prix qui rendront nécessairement la vie impossible à tout concurrent. Bruce Greenwald citait d’ailleurs cet exemple précis dans son excellent livre Investir dans la valeur. J’avoue que je ne m’y serais pour ces raisons jamais risqué quand le cours était au plus bas, et n’aurais donc pu avoir cette chance…

Pourquoi s’adonner à cet exercice ?

Pourquoi s’adonner à cet exercice ? Est-ce bien raisonnable ? Ne quitterait-on pas ici le domaine de l’investissement pour celui de la spéculation ? Est-ce que cela ne résulterait pas simplement de la chance ?

Pas seulement. J’y vois une raisons plus rationnelle : celle de la recherche de la convexité positive.

Souvenez-vous de vos cours de maths. Qu’est-ce qu’une courbe convexe ?

Une fonction est convexe si quels que soient deux points A et B du graphe de la fonction, le segment [AB] est entièrement situé au-dessus du graphe. Ou, dit autrement, si sa représentation graphique est entièrement située au-dessus de chacune de ses tangentes. La courbe de la fonction x^3 prise en exemple ci-dessus est ainsi concave de – l’infini à zéro, et convexe de zéro à + l’infini.

En investissement en bourse, le profil convexe, tel que ci-dessous, peut-être vu comme le graal :

Une convexité positive illustre à la fois l’existence d’un coussin de sécurité à la baisse et d’un potentiel de gain exponentiel à la hausse. La valeur d’achat est proche de la valeur plancher théorique, et il existe un très gros potentiel de gain dans des scénarios possibles (et ayant une probabilité non infinitésimale de se réaliser).

  • Exemples de profils à convexité positive : acheteur d’une option call, acheteur d’obligation à 25% du pair couverte par la liquidation des actifs.
  • Exemples de profils d’investissement à convexité négative : vendeur d’une option put, acheteur d’une obligation High Yield au pair.

Trouver un investissement à convexité positive revient à :

  • Dans un 1er temps, identifier un frein a l’éventuelle baisse en cas de scénario défavorable.
  • Si et seulement si celui-ci a été trouvé, identifier un accélérateur à la hausse en cas de scénario favorable.

Et, le graal, c’est d’arriver à combiner les 2 !

Mais même si on n’est pas 100% sûr du 1er terme, sur une part très raisonnable du portefeuille, essayer d’introduire un peu de convexité positive peut faire sens. Je me souviens que je disais dans l’un de mes livres au sujet de l’allocation stratégique qu’il fallait laisser 10% libres, pour pouvoir avoir un exutoire où l’on fait des « paris personnels », et réussir ainsi en parallèle le difficile exercice de contrôler ses émotions et de rester rationnel sur les 90% restant de vos placements.

Vu autrement, à titre personnel, je me également dis que :

  • D’un côté, j’ai 10% de mon portefeuille géré dans ce style où j’espère un « ticket de loto » gagnant.
  • Mais à l’opposé du spectre, j’ai 10% de mon portefeuille investi dans des net-net japonaises. Même si le Japon a des défauts (vieillissement et décroissance de la population, certains aspects de la culture qui sont assez peu pro-business), il a aussi des atouts (population intelligente, formée, et travailleuse), et surtout ces business sont rentables et ont été acquis souvent gratuitement ou quasi-gratuitement, puisque la valeur de ces entreprises en bourse n’excédait guère le montant net de leur trésorerie quand je les ai acquises. C’est du pur style value bottom-up, qui peut parfois donner des rendements composés intéressants. Par contre, il y a quasiment aucune probabilité pour que l’une de ces actions Japonaises décuple sur les 10 prochaines années.
  • (Les 80% restant du portefeuille étant sur une gestion plus traditionnelle.)

Quel secteur viser ?

J’aurais tendance à penser que nos candidats sont à rechercher dans le secteur numérique. Les entreprises basées sur les logiciels semblent en effet bénéficier  de vents arrières séculaires grâce aux courbes d’adoption de la technologie.

Certains fonds se revendiquant de l’école value ont amorcé un virage dans ce sens. Considérant qu’il y a une énorme valeur à être un investisseur à long terme dans des  entreprises à des valorisations attrayantes plutôt qu’un investisseur dans des titres de qualité médiocre et bon marché, et que dans le domaine du numérique, un multiple des profits de 25 est encore une valorisant attrayante, ces fonds qui se revendiquent comme « value » ont une aujourd’hui plus de 50% de leur portefeuille investi dans les 4 GAFAs et 10% à 30% supplémentaires investis dans des entreprises plus petite du même type.

Ils considèrent que même avec des PER de 25 ou plus, compte-tenu du profil de convexité positive des investissements dans ce secteur d’activité, ils ne contredisent pas la philosophie value. Je pense notamment à Barrage Capital, ou Heller House de Marcelo Lima. Alors bien sûr, il ne faudrait pas que comme tant d’autres avant eux, ils soient dans l’erreur du « This time is different« … Néanmoins, leur point de vue mérite à mon sens réflexion !

Pour mettre toutes les chances de notre côté, il faudrait choisir des entreprises dirigées par un PDG à vision très long terme, idéalement le fondateur ayant une vision d’Outsider, ayant ou construisant de fortes barrières à l’entrée, possédant un bilan solide, un accès au capital aisé, et un rendement élevé sur le capital investi supplémentaire (ROIC).

Pour continuer ce portrait-robot, j’aurais tendance à chercher le candidat parmi les valeurs de l’économie numérique ayant une capitalisation entre 1 milliard et quelques dizaines de milliards. Idéalement, il faudrait trouver l’entreprise capable de rejoindre le règne des 4 et jouant la carte du Zero to One.

Quelques candidats.

Essayons de lister quelques candidats correspondant au profil. Même si quand vous vous entamerez l’exercice de leur valorisation il y a des chances que vous les trouviez toutes trop chères, personnellement je penserais par exemple à :

  • Etsy
  • Shopify
  • Twilio
  • Slack Technlogies
  • Square

Et vous, à quelle entreprise penseriez-vous comme action de la décennie, dont la valeur pourrait décupler ?

Une approche alternative.

Une approche alternative serait d’être totalement contrarien, et de se dire que l’action de la prochaine décennie se trouvera en ciblant quelque chose que personne ne voit venir aujourd’hui. Par exemple, les actions d’entreprises qui profiteraient d’une remontée du pétrole dans une fourchette 120 $ – 150 $ / baril ?

Les livres de Julien Delagrandanne :



 


5 thoughts on “L’action de la prochaine décennie ?

  1. Yoann

    Bonjour Julien,
    Merci pour cet article. Est-ce que vous ne pensez pas que l’appétence actuelle pour le numérique et certaines sociétés loin d’être rentables qui s’échangent à des niveaux de valorisation délirants n’est pas sans rappeler l’année 2000?

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    1. Julien DelagrandanneJulien Delagrandanne Poster auteur

      Sur certaines, oui. La valorisation de TEsla me semble par exemple délirante (et il est pourtant très risqué de la shorter car « le marché peut rester irrationnel plus longtemps que vous serez solvable ».)
      Sur toutes les valeurs du numérique, j’en suis moins sûr.

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  2. Fabien B.

    Des 1960, l’émergence de la génération des baby-boomers a marqué le début de 50 ans de croissance économique aux États-Unis. Les raisons sont principalement d’ordre démographique et économique mais aussi culturel et politique. Aujourd’hui, alors que les baby-boomers prennent leur retraite, la croissance des pays développés ralentit et les rendements sans risque sont proches de zéro. D’autre part, l’Inde un pays plus d’un milliard d’habitants est engagé dans des réformes prometteuses et m’apparait comme un « Eldorado ». Je suis convaincu que comparer les États-Unis des années 1960 à l’Inde des années 2010/2015 a du sens et je considère les jeunes Indiens comme les nouveaux baby-boomers. Ça tombe bien il existe même un ETF expose aux actions indiennes éligible PEA…. Si ce sujet intéresse, je pourrai eventuellement developper l’argumentaire.

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  3. Fabien B.

    Autre filtre possible: appliquer l’approche de Nicolas DARVAS a votre sélection initiale de titres. Dit autrement, privilégier les titres qui font constamment des plus haut en prix….

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  4. Fabien B.

    Voici quelques propositions, je vous laisse faire votre due diligence :
    Atmel corporation
    Alliant Techsystems
    Express Scripts Inc

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