Actions gratuites ou business gratuit ?

L’attribution gratuite d’actions est souvent vue comme la panacée par les investisseurs débutants. Pourtant, quand une entreprise nous distribue une action gratuite, en général on ne s’enrichit pas; c’est une illusion : on a plus de parts, qui sont plus petites, d’un même gâteau. En revanche, ce que recherchent les investisseurs expérimentés, ce sont les business gratuits. Ceux-ci sont une denrée rare, mais un investissement tellement parfait quand il se présente…

 

Actions gratuites : La Grande Illusion

Imaginons que la richesse d’une entreprise soit représentée par un gâteau. Ce gâteau est partagé en 8 parts égales. Vous possédez 2 parts (soit, 2 actions de ce gâteau 😉 ) et donc 25% du gâteau.

Maintenant, votre entreprise décide d’attribuer une action gratuite pour 2 détenues. Vous possédez donc désormais 3 actions ou 3 parts du gâteau. Le problème est que cet artifice consistant à distribuer des actions gratuites n’a pas créé de richesses supplémentaires pour l’entreprise. Dit autrement, le gâteau n’est pas plus grand, et donc vos 3 parts sont plus petites. En pratique, l’attribution des actions gratuites a en fait entraîné une découpe du gâteau en 12 parts plutôt qu’en 8…

Ainsi, au lieu de posséder 2 parts faisant au total 25%, vous possédez après attribution des actions gratuites, 3 parts, chacune plus petite, qui au total…font toujours 25% du gâteau !

Une fois que vous avez compris le schéma, il faut désormais tout de même distinguer 2 types d’entreprises :

Ainsi, les entreprises qui annoncent qu’elles vont par exemple distribué des actions gratuites à la place d’un dividende vous prennent … pour un con ! Car en fait elles ne distribuent en pratique rien du tout (et n’ont par exemple pas les moyens de payer leur dividende en cash, et se servent de l’excuse des actions gratuites, qui passe bien mieux en termes de marketing que l’annonce d’une coupe franche du dividende). Et ces entreprises jouent sur cette communication autour des actions gratuites pour donner l’impression aux profanes qu’elles leurs distribuent bien quelque chose, voire qu’elles leur font une fleur ! Pour les entreprises qui distribuent un dividende et en sus des actions gratuites, le même raisonnement peut s’appliquer à la partie des actions gratuites.

Celles qui laissent le choix entre percevoir un dividende en numéraire ou en  action, c’est différent. C’est un simple choix entre participer à une augmentation de capital (avec un petit bonus de prix en général) et à percevoir votre dividende en cash.

Enfin, concernant les entreprises qui donnent un bonus à leurs actionnaires sous forme d’actions gratuites (par exemples aux actionnaires détenant leurs titres au nominatif), elles pourraient très bien également leur distribuer un dividende majoré. La théorie du gâteau est donc assez similaire, néanmoins atténuée par le fait que tout le monde n’obtient pas une part de gâteau supplémentaire.

Bref, si jusque-là vous appréciez les actions gratuites en vous disant que les petits ruisseaux font les grandes rivières, j’espère que vous aurez désormais compris que les actions gratuites ce n’est pas un vrai cadeau, car on vous donne ce que possédiez déjà !

Pour tempérer un peu mon discours ci-dessus au sujet de la distribution d’actions gratuites, on peut néanmoins reconnaître un cas où c’est quelque chose de plutôt positif. Quand des entreprises avec un historique de distribution de dividendes croissants distribuent une action gratuite, c’est qu’elles imaginent en général pouvoir offrir au moins le même dividende par part l’année d’après (il est en effet peu probable qu’elles soient prêtes à ruiner un historique parfait). Donc c’est plutôt un signe de confiance dans leurs perspectives futures.

Business gratuit : l’Investissement Parfait

Plutôt que de chercher l’action gratuite, l’investisseur expérimenté va quant à lui être friand de trouver le Business Gratuit. C’est d’ailleurs un must de l’investissement dans la valeur.

Exemple 1 : le business gratuit.

Au 1er trimestre 2017, Johnson & Johnson a fait une offre d’achat sur Actelion pour 30 milliards de $ environ. Le dollar américain cotait environ à parité avec le franc suisse. Entre l’annonce de l’offre et la deadline pour apportait les actions à Johnson & Johnson,  les actions Actelion pouvaient être acquises sur le marché pour 274 CHF. J&J offrait de les rachetait pour 280 $, et les anciens actionnaires se verraient en sus attribuer des actions Idorsia. Idorsia est le business de R&D que les fondateurs d’Actelion ont voulu conservé (et n’ont donc pas inclus dans a vente à J&J) et qui démarrera avec 1 milliard de liquidités. Et puisqu’on parlait de gâteau il y a 2 minutes ;), cerise sur le gâteau : les fondateurs d’Actelion (qui ont quand même généré 30 milliards en 20 ans à partir de rien) seront aux commandes.

En gros, on avait donc 6 $ de bénéfice (un juste prix pour rémunérer le risque de change et le peu probable risque qu’il y ait un problème d’autorisation sur le rachat), et on récupérait en sus Idorsia. Même si je ne suis pas fan des biotechs, quand je peux récupérer un business gratuitement, je prends ! Surtout qu’Idorsia sera quand même une biotech dirigée par des gens qui ont déjà créé de la valeur dans cet univers (ce qui est loin d’être courant dans ce secteur-là).

Exemple 2 : encore mieux, la situation où on est payé pour acquérir un business !

J’ai été alerté de l’opportunité Actelion grâce à mon abonnement à l’Investisseur français. Mais plusieurs mois auparavant, ceux-ci avaient également repéré une situation où on était carrément payé pour acquérir le business. Je ne cite pas le nom de l’entreprise par respect pour leur travail, car elle est encore dans le portefeuille de l’Investisseur Français à ce jour.

Pour schématiser, la situation était la suivante. L’entreprise cotait 6$. Elle vendait de vendre 80% de ces activités et allait recevoir 7$ de cash par action. On était donc payé 1$ par action pour acquérir un business (correspondant aux 20% d’activités conservées). Le rêve d’un investisseur value comme moi !

Il y a quand même un risque dans ce style de situation, c’est que l’entreprise dilapide ou utilise mal le cash : par exemple, si l’entreprise surpayait avec ses 7$/action de liquidités une acquisition  dont la vraie valeur intrinsèque serait de 3$. Il faut donc étudier le management, son sérieux et déterminer si vous lui faites confiance.

Pour avoir des opportunités d’acquérir gratuitement des business, il y en général deux conditions nécessaires. D’abord, il faut retourner un certain nombre de pierres avant de trouver un diamant sous l’une d’elles, bref un travail minutieux de recherche (que j’ai ici en quelque sorte sous-traité). Surtout, il faut une capitalisation pas trop importante sur l’opportunité afin que les gérants de fonds s’en désintéressent : ici, les fonds qui s’intéressaient ou possédaient Actelion sont contents de l’OPA mais n’ont que faire du business secondaire Idorsia (qui ne rentre peut-être pas dans leurs critères). Et pour la seconde situation évoquée ci-dessous, la capitalisation boursière ne se montait qu’à environ 100 millions de $.

Mais sinon, être payé pour acquérir un business sera encore mieux qu’acquérir un business gratuit, ce qui sera en lui-même mieux qu’acheter une entreprise à un prix inférieur à sa valeur intrinsèque (l’investissement dans la valeur), cette dernière stratégie restant elle-même nettement mieux que la façon d’investir d’une majorité d’investisseur en bourse.

Voir le livre

Actions gratuites ou business gratuit ?
4.4 (88%) 5 votes


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *