Petite pensée de mai : Argent & Bonheur

Le thème « Argent & Bonheur » de la petite pensée de ce mois de mai pourrait paraître vu et revu. Mais j’espère néanmoins pouvoir vous le faire visiter sous un nouveau jour. L’idée pour le thème de cette pensée du mois m’est venue suite à ma récente lecture d’un livre intitulé « Happy Money: the new science of smarter spending ».

Ce livre est le fruit des recherches (dans une démarche scientifique) de 2 chercheurs. Le point de départ est la maxime « l’argent ne peut acheter le bonheur », partant de constats assez classiques : des études récentes ont en effet montré qu’une augmentation de richesse ne signifie pas nécessairement une augmentation du bonheur, contrairement à ce que beaucoup de gens pourraient penser. Mais l’idée sous-jacente de ce livre est en fait de démontrer le contraire, c’est-à-dire que l’argent peut contribuer au bonheur… à la condition d’être utilisé correctement.

Et c’est là que nous sortons de l’image conventionnelle que beaucoup se mettent par erreur en tête, car effectivement pouvoir acheter une infinité de biens matériels ne devrait que très peu contribuer à votre bonheur. Ainsi, les recherches des auteurs ont conduit à identifier 5 principes clés, qui permettent à argent et bonheur d’être corrélés positivement, et qui créent donc des conditions favorables à l’augmentation du bien-être quotidien. Ces 5 principes fondamentaux sont :

1. Acheter des expériences.

Cela signifie essentiellement dépenser son argent sur des expériences mémorables plutôt que l’achat d’objets coûteux. En effet, les objets coûteux sont soumis au syndrome de l’adaptation hédonique infernale (NDLA : quand vous êtes passés d’une télévision cathodique 70 cm à votre écran plat 127 cm, celui-ci vous a paru grand combien de temps ? Une semaine, non !? 😉 )

Les biens matériels se révèlent ainsi être nettement moins efficaces pour contribuer au bonheur que les achats d’expérience (ex : les voyages, les concerts, les activités originales etc.).
Les expériences ont l’avantage de pouvoir être relatées sur un plan émotionnel, de pouvoir être partagées avec des personnes que l’on apprécie, et de pouvoir procurer un souvenir durable (alors que l’intérêt d’un achat matériel s’estompe très vite avec le temps et que l’objet finit parfois oublié dans un placard).

Pour réussir au mieux ses expériences. les auteurs identifient ainsi 4 facteurs clés de succès parmi lesquels piocher (ou cumuler) pour avoir des expériences enrichissantes :

  • L’expérience doit réunir plusieurs personnes tout en procurant un sentiment de connexion sociale.
  • L’expérience doit pouvoir se transformer en souvenir marquant que l’on se plaira à se remémorer et à raconter plusieurs années plus tard.
  • L’expérience est étroitement liée à notre sentiment d’identité ou à la personne que nous souhaitons devenir.
  • L’expérience nous procure une opportunité unique, évinçant par la même occasion la possibilité de la comparer avec d’autres options.

Pour les éléments qui peuvent être perçus soit comme un achat de bien, soit comme un achat d’expérience, il vaut dont mieux les considérer comme un achat d’expérience. C’est ce que je fais pour ma part quand j’achète un livre par exemple… Et c’est ce qui m’avait le plus étonné à la sortie d’Investir en bourse : styles gagnants, styles perdants, où comme je l’expliquais dans l’article Interview de l’auteur Julien Delagrandanne, les compliments qui m’avaient le plus surpris étaient ceux des lecteurs ayant vécu le livre comme une « personnification » de leur propre histoire (non-terminée puisqu’ils en étaient au milieu de celle-ci, ayant vécu les styles perdants mais pas encore atteint les styles gagnants), alors que j’avais pour ma part plutôt imaginé rédiger un simple guide au moment de l’écriture…

2. Cultiver les petits plaisirs.

Ce principe met l’accent sur le concept de surconsommation qui crée un affaiblissement du facteur de plaisir. Si vous avez quelque chose tous les jours, même si c’est quelque chose que vous aimez, cela devient une routine plutôt que quelque chose de totalement agréable.

Il y a en fait 2 sous-aspects dans cette partie « cultiver les petits plaisirs ».

  • Savoir apprécier les petites choses simples: une bise fraiche lors d’une promenade, un paysage etc. (NDLA : et dire qu’on s’est encore moqué de moi il n’y a pas 2 jours quand j’ai déclaré apprécier l’odeur de moiteur de la petite pluie fine d’été qui se répand sur des trottoirs chauds…)
  • Savoir cultiver un effet rareté. L’une des meilleures tactiques pour retrouver du plaisir là où il commence à disparaître est tout simplement d’arrêter temporairement quelque chose pour restaurer notre capacité à l’apprécier. Dans tout domaine, les pauses – plus ou moins longues – ont la faculté de restaurer notre capacité à éprouver du plaisir… au prix de l’acceptation d’une baisse momentanée de celui-ci.

C’est ce que j’appelle pour ma part le principe de la glace à la vanille. Par une douce journée d’été, la première boule est délicieuse, mais à la 4ème ce ne sont plus que des calories… Bref, Parfois moins=plus.

Les auteurs prennent quant à eux l’exemple des séries télévisées et des voyages. Les études ont prouvé qu’une série est en fait plus appréciée quand elle est regardée au fil de l’eau, au rythme d’un épisode par semaine, plutôt que téléchargée en bloc et regardée en quelques jours. De même pour les voyages, ceux qui voyagent le plus sont également ceux qui finissent par être le moins enclins à apprécier leur expérience. Plus une personne a visité de pays, plus elle s’identifie en effet comme voyageur du monde, dégradant ainsi sa capacité à apprécier les voyages.

3. Acheter du temps.

L’idée sous-jacente est ici de prendre des décisions de vie qui vous permettent d’avoir plus de temps libre. L’argent peut alors être le moyen d’acheter du temps, par exemple en externalisant les tâches de notre quotidien que nous détestons, pour consacrer celui-ci à des choses qui nous intéressent plus voire nous passionnent.

Même si l’exemple vient moins trivialement que certains autres (NDLA : mais non je ne pensais pas aux tâches ménagères, je n’en suis pas encore à les détester… tant que je peux leur appliquer un principe de Pareto en faisant les 20% d’efforts qui correspondant à 80% de ce qui se voit… 😉 ) , la prise en main de la gestion de ses investissements ou finances personnelles dans un but de gagner en indépendance, en liberté d’action et en contrôle de ses décisions de vie rejoint à mon sens ce concept.

4. Acheter maintenant, consommer plus tard.

Dans la société d’aujourd’hui, nous sommes plus susceptibles de faire l’inverse, grâce aux cartes de crédit. Or, Cette culture de l’immédiateté nous prive du plaisir de l’attente. Quand la consommation de quelque chose est retardée, que ce soit de quelque chose d’aussi simple que de manger des bonbons ou d’assister à un événement, la jouissance et le sentiment de bonheur son démultipliés.

En effet, en appliquant le principe d’ »acheter maintenant, consommer plus tard », vous libérez la place pour une période d’entre deux que les auteurs appellent la période de « se réjouir ». Pensez à l’attente des enfants avant Noël, ou encore à l’attente de la fan qui a en main un billet pour le concert de son chanteur préféré (NDLA : Ouïe, j’ai écrit machinalement « la » fan, ça sent l’accusation – injustifiée bien sûr – de machisme primaire à venir là… 😉 )

Cette période de réjouissance désigne le temps d’attente entre le paiement et la consommation du bien ou du service qui constitue ainsi un supplément de joie gratuit.
Vous gagnerez en satisfaction en suivant le principe du « payer maintenant, consommer plus tard » et en vous conformant à ces 3 principes-clés :

  • Le délai d’attente entre la consommation du service et le paiement doit permettre de visualiser les détails qui permettront de rendre l’expérience d’autant plus agréable une fois vécue,
  • Le délai d’attente vous fait tellement saliver qu’il engendre une augmentation importante du plaisir une fois le service consommé,
  • L’expérience elle-même va être assez brève ce qui permet au délai d’attente de maximiser le plaisir ressenti à imaginer l’expérience vécue.

Enfin, au-delà ce plaisir de l’attente, si la chose a été payée un certain temps avant sa consommation, elle semble gratuite au moment où elle est consommée. Elle participe ainsi au sentiment de bonheur en évitant les pensées négatives qui pourraient venir gâcher votre plaisir et vous empêcher de profiter pleinement de l’expérience (ex : cela vaut-il le prix payé ? )

5. Investir dans les autres.

Ce chapitre souligne que faire un don à une cause qui nous parle, ou faire un cadeau à un proche ou une personne que l’on apprécie procure plus de bonheur que d’acheter quelque chose pour nous-mêmes (NDLA : on retrouve un phénomène qui ressort de toutes les études de psychologie positive. Bienveillance et gratitude apportent du bonheur à celui qui les émet ; les couples qui sont mutuellement bienveillants à l’égard de leur partenaire sont plus heureux que ceux qui le sont moins etc.)

Pour les dons, cela fonctionne même pour des montants faibles relativement à ses revenus. Un petit sacrifice est nécessaire : celui de s’appauvrir légèrement dans les faits pour ressentir davantage le sentiment de richesse. Néanmoins, pour vraiment faire la différence en matière ressenti de bien-être personnel, ce don ne peut être fait n’importe comment, et doit idéalement répondre à ces 3 critères :

  • Faire en sorte que cela soit un choix fort (c’est-à-dire qu’il est préférable de choisir minutieusement soi-même le destinataire que de répondre à une sollicitation extérieure).
  • Etablir un lien avec les personnes qui bénéficient de notre don (car plus on peut mesurer l’impact du don, plus l’impact émotionnel qu’il aura sur soi sera bénéfique)
  • Faire en sorte que cela ait un impact sur la vie de ces gens (idem).

Conclusion.

Un livre assez original et agréable à lire. Les 5 principes clés semblent assez pertinents. Ils vont parfois à l’encontre d’idées reçues qui sont adoptées sans réflexion préalable par la grande masse (et vous savez comme j’aime parfois ce qui va à l’encontre des idées reçues, ou de la bien mal nommée « sagesse populaire »…), mais que ce soit intuitivement ou par expérience ils m’ont semblé la plupart du temps assez justes.

Le fait que les auteurs appuient leurs dires sur des recherches documentées est en outre relativement rassurant sur la pertinence des propos.
En point faible, pas de version française à ce jour donc réservé aux anglophones.

Ma Note : 15/20

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One thought on “Petite pensée de mai : Argent & Bonheur

  1. Yves

    Je n’étais pas encore abonné à votre blog l’an dernier. Merci donc d’avoir signalé cet article sur votre page facebook, c’est grâce à ça que je l’ai découvert et que je le trouve très intéressant !

    Répondre

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