Interview d’Edouard Petit – Auteur de « Épargnant 3.0 » et de « Créer et Piloter un Portefeuille D’ETF»

Je suis assez multi-casquette sur ce blog, puisque j’aborde des sujets d’investissements aussi bien liés à la bourse, qu’à l’immobilier et l’entrepreneuriat. Mais côté investissements financiers, je me concentre souvent sur une manière « active » d’investir. Pourtant, nous sommes à l’heure où les ETFs et l’investissement dit « passif » se démocratisent de plus en plus. Édouard Petit est justement le spécialiste français de l’investissement passif, qu’on appelle parfois « lazy investing ». Blogger (vous pouvez aller faire un tour sur son site www.epargnant30.fr), et auteur indépendant à succès, il commence à se faire connaître de plus en plus. Il a notamment écrit dans le dernier numéro du magazine « Le Particulier » un article de trois pages.

 

Julien : Bonjour Edouard. Est-ce que tu pourrais te présenter et nous dire quel a été ton parcours d’investisseur?

Édouard : Bonjour Julien, je te remercie pour cette interview. Comme toi, j’ai commencé à investir très tôt. Je m’y suis mis dès l’adolescence. Moi, je n’ai pas acheté l’action Teisseire, mais Canal Plus (et des mines en Zambie !). Un coup de cœur pendant les grandes années Canal. Je dois dire que la gestionnaire de compte de ma mère au Crédit Lyonnais a fait une drôle de tête quand je lui ai demandé de passer mes ordres. Aussi, une des premières choses que j’ai faite quand je suis devenu fiscalement indépendant a été d’ouvrir un PEA ! J’ai commencé à travailler en 1998, alors évidemment je ne suis pas resté à l’écart de la folie des .com. L’époque des Fi System et autres introductions en bourse. Que de bons souvenirs. J’expliquais que désormais on n’évaluait plus les sociétés en fonction du bénéfice, mais uniquement en fonction du  nombre d’utilisateurs.

Il faut bien que jeunesse se fasse. J’ai perdu beaucoup d’argent proportionnellement à mes investissements de l’époque, mais pratiquement rien par rapport au patrimoine que je construis désormais sur le long terme. Il faut toujours commencer à investir jeune, les erreurs ont moins d’impact et on apprend beaucoup.

Julien : Parlons de ta philosophie d’investissement. Quelle est ton approche ?

Édouard : Au fur et à mesure, je me suis quand même amélioré. Et à mon corps défendant, bien qu’internet existait depuis longtemps, il y avait beaucoup moins d’information financière de qualité et les ETF existaient à peine en Europe (l’ETF Lyxor CAC 40 a été introduit en décembre 2000).

Après de nombreuses recherches, j’ai compris un certain nombre de choses :

  • Il est très difficile de battre le marché. Le marché est le résultat de l’intelligence collective de l’ensemble des gérants, qui sont très bien formés et passent leurs journées à analyser les sociétés. Le prix en bourse c’est deux professionnels qui ont échangé une action, l’un pensant que son prix va monter et l’autre pensant qu’elle va baisser. Ils pensent tous les deux faire une bonne affaire.
  • Les frais grèvent la performance sur le long terme de façon très significative. Or, les frais des fonds actifs sont très élevés. Ils sont, en moyenne, supérieurs à 2% par an.

Il faut donc investir dans le marché et pour le moins cher possible. C’est exactement ce que font les ETF (Exchange Traded Funds). On peut facilement s’exposer en quelques clics à plus de 1500 sociétés dans le monde pour des frais minimes. D’ailleurs ça fonctionne : sur le long terme, les ETF font mieux que plus de 80% des fonds actifs (et il est quasiment impossible de savoir quel fonds actif surperformera dans à l‘avenir). Les Américains l’ont bien compris. De l’autre côté de l’Atlantique, 40% de la gestion est désormais passive (si l’on cumule l’encours des fonds indiciels cotés – les ETF, et des fonds indiciels non cotés).

Naturellement, on ne peut être uniquement investi en actions. Il faut donc diversifier ses actions avec des actifs moins risqués sur le court terme, par exemple des fonds en euros.

Julien : Parle-moi un peu de ton parcours d’auteur. Tu as écrit 2 livres. Je dirais que le premier « Epargnant 3.0 » s’adresse plutôt aux débutants qui veulent comprendre rapidement ce que sont les ETFS et l’investissement passif, alors que le second « Créer et piloter un Portefeuille d’ETF » va beaucoup plus loin et est plus pointu. Qu’en dis-tu ?

Édouard : À force d’expliquer à mes proches ces principes d’investissement par oral, j’ai fini par écrire un livre « Epargnant 3.0». L’objectif était clairement de faire prendre conscience à des gens qui ne veulent pas y passer du temps qu’il est possible d’avoir une excellente performance de son patrimoine, en toute simplicité. Le livre cherche à démontrer qu’une technique ultra simple a toutes les chances d’extrêmement bien performer. De ce point de vue-là, il est donc destiné aux investisseurs débutants. Je pense cependant que cette stratégie est largement supérieure à de nombreuses stratégies plus élaborées et prenant plus de temps. Les investisseurs avancés auront donc aussi tout intérêt à lire ce livre. Il faudrait qu’ils se benchmarquent à cette stratégie, et qu’ils en tirent les conclusions adéquates. Ce livre a d’ailleurs fonctionné bien au-delà de mes espérances. J’ai sorti en fin d’année dernière une deuxième édition, et les ventes sont en croissance régulière.

Naturellement, l’humain veut toujours aller plus loin. J’avais donc de nombreux lecteurs qui m’écrivaient pour me poser de nombreuses questions : Est-ce que cela vaut le coup de rajouter de l’or ? Mais que se passe-t-il si l’inflation redémarre ? Comment sélectionner le meilleur ETF ? Faut-il se couvrir en devise ? Que penser du dual momentum ? Faut-il continuer à investir alors que la bourse est au plus haut ? Etc. J’ai donc fini par faire un deuxième livre, « Créer et piloter un Portefeuille d’ETF ». Il est clairement plus détaillé et plus compliqué. Mais, normalement, il doit tout de même se lire facilement. Il est aussi complètement cohérent avec le premier livre. Il intéressa tous ceux qui veulent en savoir plus sur les ETF, mais aussi tous ceux qui veulent en savoir plus sur l’allocation d’actifs de manière générale. Je parle même d’immobilier. Comme quoi !

Julien : Si on me demandait ce qui te caractérise en tant qu’auteur, je dirais que c’est principalement que tes affirmations sont toujours circonstanciées et documentées, ce qui te différencie de pas mal de monde. Peux-tu m’en dire plus sur ton approche à ce sujet ?

Édouard : L’objectif de mes livres n’est pas de donner mon avis sur des stratégies d’investissement. Je présente une synthèse du meilleur de la recherche académique. Je m’appuie souvent sur des données de très long terme. Mes « gourous » sont, entre autres, Eugene Fama (prix Nobel d’Économie 2013, et père de l’hypothèse des marchés efficients et de ce que l’on appelle le smart beta – voir ci-dessous), Elroy Dimson (Triumph of the Optimists : 101 years of investment returns), Antti Ilmanen (Expected Returns), Andrew Ang (Asset Management) ou Daniel Kahneman (prix Nobel d’Économie 2002 et spécialiste de la finance comportementale). Évidemment, cette synthèse est présentée de manière digeste et du point de vue d’un investisseur français. En effet, l’immense majorité de la recherche financière est réalisée pour les Américains. Naturellement, les données doivent être interprétées et je n’y coupe pas. Mais j’essaye de donner des arguments et je donne l’opportunité au lecteur de faire son propre chemin.

Julien : Pourquoi as-tu choisi cette approche d’investissement et l’as-tu privilégiée par rapport à un portefeuille GARP de dividendes aristocrates par exemple ?

Édouard : Parce qu’elle est plus performante …

Julien : Dans le monde des ETFs, on entend souvent parler du smart beta. C’est un concept que tu détailles dans ton dernier livre, mais peux-tu nous dire en 2 mots ce que tu en penses ?

Édouard : Certaines actions ont historiquement eu une meilleure performance que d’autres. C’est assez facile à comprendre : est-ce qu’une petite entreprise est plus risquée qu’une grande entreprise ? Oui. Est-ce qu’un investisseur est en droit d’exiger une plus grande performance dans ce cas ? Oui ! Est-ce qu’un investissement dans une entreprise avec de mauvaises perspectives de croissance (qu’on appelle certainement « value » sur ce blog) est plus risqué qu’une entreprise avec de belles perspectives de croissance ? … je crois que tu as cerné le concept, même si cela peut être contre-intuitif.

Julien : je te sens taquin là. 😉 Si c’est juste une entreprise avec de mauvaises perspectives de croissance, on l’appellerait value si on s’est vraiment planté dans l’analyse mais plutôt value trap si on a en revanche bien analysé la situation… Mais je crois avoir saisi le concept. Excuse-moi de t’avoir interrompu, je te laisse poursuivre…

Édouard : Là où cela devient compliqué, c’est que les entreprises dont le cours de bourse a fortement progressé sur la dernière année (momentum positif), ou qui sont peu volatiles, ou de qualité … ont eu une performance historique supérieure au reste du marché. Il y a des explications, mais pas toujours intuitives.

Le smart beta est un sujet extrêmement intéressant et riche. Avec les ETF on peut facilement s’exposer à ces entreprises spécifiques. Mais comme d’habitude, il ne faut pas que cela engendre trop de frais. Les ETF sont souvent plus chers que les ETF suivant des indices « classiques »

Julien : Les robos advisors qu’on voit de plus en plus apparaître ces dernières années s’inspirent-t-ils de l’investissement passif ? En quoi sont-ils différents de ce dernier ?

Édouard : La plupart des robos advisors s’inspirent clairement de la gestion passive. La plupart investissent en ETF ou en fonds (non cotés) passifs. D’ailleurs, j’échange beaucoup avec les directeurs des investissements de plusieurs robos avisors. L’intérêt du robo advisor, c’est que vous n’avez vraiment rien à faire, cela vous prend moins de temps et vous risquez moins d’erreur. Je ne sais pas qui a dit ça, mais un portefeuille financier est comme un morceau de savon, plus vous le touchez et plus il rétrécit. Les robos advisors vous évitent de toucher à votre portefeuille. Évidemment, les robos avisors sont des sociétés et ils facturent leur service de gestion. Mais je pense que le bilan est globalement positif.

Julien : Au-delà de tes livres, tu tiens en complément un blog ? Que dirais-tu à son sujet aux lecteurs de mon blog pour leur donner envie d’aller faire un tour chez toi ?

Édouard : Mon blog (www.epargnant30.fr) a été écrit de manière peu conventionnelle, ne cherchant pas à optimiser le référencement et le trafic. C’est réellement le plaisir de partager des concepts qui me guident, et non le besoin d’accumuler des mots clés. Je pense que le lecteur y gagne.

Aussi, il a été conçu à la fois comme une introduction à mes livres et comme une extension de mes livres. Il devrait intéresser donc une large population.

Julien : Concernant tes livres, on peut voir que les critiques sur Amazon sont extrêmement élogieuses. On est même à 4.8 sur 5 sur Amazon pour Créer et piloter un portefeuille d’ETF ! (et en tant qu’auteur également, je mesure ce que ça représente d’arriver à une telle moyenne…) Qu’ont apprécié tes lecteurs dans celui-ci ?

Édouard : Je pense qu’il y a plusieurs raisons :

  • Mon créneau est simple : des faits, des faits, des faits… tout en restant lisible. Je crois que cela fonctionne. Ils savent que c’est une information indépendante.
  • Dans ce livre, j’explique réellement comment fonctionnent les ETF, ce qui rassure.
  • J’aborde de nombreuses classes d’actifs (or, obligations d’État, obligations High Yield, immobilier personnel, immobilier professionnel, etc.), il y avait un réel besoin.
  • En fait, j’ai recueilli toutes les questions que l’on m’a posées pendant deux ans suite à la sortie du premier livre. Je réponds à toutes ces questions et bien plus.

Julien : Quels sont tes projets pour 2018 ?

Édouard : Déjà l’année commence bien. Mes deux livres marchent très fort et j’ai écrit un article de trois pages pour un magazine de référence, tiré à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, « Le Particulier ». J’espère que la suite de l’année va être aussi riche.

De nombreux lecteurs m’écrivent parce qu’ils veulent encore plus d’information. Je ne sais pas encore comment je vais répondre à cette demande. Cependant, je suis en phase de réflexion …

De son côté, Edouard m’a interviewé sur son blog ici.

Julien : Merci Édouard pour cet interview très complet ! Je mets ci-dessous les liens vers tes 2 livres pour les lecteurs qui voudraient les découvrir et creuser le style d’investissement que tu as évoqué.

(Prix de la version papier : 7.99 €)

 

(Prix de la version papier ; 19,99 €)

Interview d’Edouard Petit – Auteur de « Épargnant 3.0 » et de « Créer et Piloter un Portefeuille D’ETF»
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One thought on “Interview d’Edouard Petit – Auteur de « Épargnant 3.0 » et de « Créer et Piloter un Portefeuille D’ETF»

  1. JB

    Merci Edouard pour cet excellent travail de pédagogie et de vulgarisation de ce qui me serait apparu il y a quelques semaines encore comme du cantonnais. Je recommande la lecture de l’Epargnant 3.0 et de son grand frère Créer et piloter un Portefeuille d’ETF sans aucune réserve!

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