Le phénomène Piketty avec Le Capital au XXIème siècle…

Avec son livre, Le Capital au XXIème siècle, Thomas Piketty réussit un double exploit :

  • Celui d’être pendant un temps numéro 1 des ventes en France, toutes catégories confondues. C’est assez rare pour un livre de sciences humaines, et a fortiori d’économie, pour être souligné.
  • De faire parler beaucoup de lui aux Etats-Unis, ce qui également peu commun pour un économiste français.

Alors, le titre qui fait un évident clin d’oeil au Capital de Marx pourrait en faire fuir certains. Néanmoins, rappelons que quiconque a eu la curiosité d’ouvrir l’oeuvre de Marx s’est aperçu que le plus gros problème n’est pas vraiment ce que Marx a écrit, mais plutôt ceux qui l’ont lu.

Pour ceux que cela pourrait rebuter, signalons tout de même en préambule que le pavé fait  environ 1000 pages. Il se compose de deux parties :

  • Une première partie (la plus longue) qui étudie l’historique de distribution du capital depuis la fin du XVIIIème siècle : concentration croissante tout au long du XIXème siècle (avec le « dilemme de  Rastignac » = N’est-il pas plus simple et plus rentable de chercher à épouser une riche héritière plutôt que de travailler ?). De 1914 à 1945, les guerres font diminuer ce stock de capital. Le stock se reconstitue à partir de 1945, mais reste beaucoup moins concentré qu’avant, l’effort de reconstruction et la croissance associée des trente glorieuses profitant « à tous ». Depuis 1990, le capital tend néanmoins à se re-concentrer.
  • Une seconde partie plus politique, où Piketty propose notamment un impôt mondial sur le capital pour atténuer les effets de cette concentration. Même si elle est plus discutable, Piketty se présente lui-même comme quelqu’un de « non-révolutionnaire ». Et il est vrai que sa philosophie se rapproche sûrement plus de celle d’Adam Smith que de Karl Marx.

Ce livre est en fait autant un livre d’histoire que d’économie, et il serait vain de le résumer plus ici tant il contient des données intéressantes à plusieurs niveaux.

Points forts :

  • La première partie de ce livre, bien documentée, avec beaucoup de tableaux et graphiques intéressants (stock de capital vs. flux de revenus au cours des 2 siècles passés), influence de la croissance etc. Il faut reconnaitre à Thomas Piketty d’avoir su allier une rigueur dans son exposé à un brillant talent de pédagogue, ce qui n’est en pas si courant.
  • Livre qui fait réfléchir, même pour des personnes plutôt libérales. Par exemple, on a vu que ce soit dans l’histoire ou dans la fiction qu’un système socialiste ne fonctionnait pas du fait de l’absence de responsabilisation individuelle, le système capitaliste étant « le moins mauvais » du fait de cette responsabilisation. Mais si la gestion individuelle de chacun de son travail (et de son capital acquis au cours de sa vie) fait parfaitement sens, on peut en revanche se poser la question de la légitimité de l’héritage (qui permet une composition des intérêts sur plusieurs générations entraînant à terme cette extrême concentration) : est-il suffisamment taxé relativement aux revenus de travail et du capital acquis par chacun au cours de sa vie ?
  • Livre documenté, qui s’appuie sur de nombreux travaux de recherche et de collecte de données historiques. Ceux qui aiment conceptualiser apprécieront la mise en équation simple des liens entre le stock de capital relativement aux revenus, les parts respectives des revenus de capital et des revenus du travail dans le revenu national, le rendement du capital et le taux d’épargne. Ils permettent en effet de peser les conséquences d’un creusement du différentiel entre le rendement du capital (r) et la croissance (g). Les donnés actuelles et historiques, d’Europe (en particulier France et Grande-Bretagne) d’une part, et des Etats-Unis d’autre part, sont également riches d’enseignement et sauront donner au lecteur une véritable perspective historique sur 2 à 3 siècles sur ce sujet
  • Thomas Piketty est devenu une sorte de star aux Etats-Unis, et a même été reçu à la Maison Blanche. Par pure curiosité, ça peut donner envie de savoir pourquoi…

Points faibles :

  •  Le format qui aurait pu être plus court. En effet, sans enlever les précieux graphiques et autres statistiques, beaucoup de pages servent à expliquer des concepts de base d’économie au non-initié.
  • Il aurait peut être été plus pertinent que la dernière partie (chapitre « politique ») fasse l’objet d’un autre livre, ce qui aurait pu mieux distinguer une partie présentant de purs faits (la plus intéressante à mon sens), et une autre qui aborde la proposition de solutions et donc plus politique ou sujette à polémique. Chacun étant alors libre de réfléchir à ses propres conclusion/solutions à partir de ces faits après la lecture du 1er livre, Piketty présentant en parallèle sa propre thèse dans ce second ouvrage. Les propositions de Piketty restent néanmoins plus modérées que ce qu’a parfois relayé les médias grand public (ont-ils d’ailleurs seulement lu attentivement le livre ?)
  • Il y a une controverse entre des journalistes du Financial Times et T.Piketty sur la fiabilité de certaines donnés. Même si je trouve les griefs des journalistes du FT un peu poussifs (Notamment T.PIketty met à dispositions sur le web toutes les séries de données qu’il a utilisées pour arriver à ses conclusions, ce qui devrait le dédouaner de chercher à trop biaiser des faits).

Ma Note : 16/20

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