Les 6 types d’actions de Peter Lynch

Le classement en types d’actions de Lynch est un outil très utile à l’investisseur pour y voir plus clair dans son portefeuille de valeurs mobilières. Peter Lynch est un investisseur en bourse qui a eu des performances exceptionnelles sur le marché pendant plus d’une décennie (entre les années 80 et le début des années 90) et qui a écrit 2 livres.

 

Nous avions déjà précédemment évoqué l’indicateur cocktail de Peter Lynch*.

Mais Peter Lynch, même s’il est moins connu que Warren Buffett, a encore quelque chose à nous apprendre. Il y a d’ailleurs toujours à gagner en s’inspirant des leçons de ses hommes qui sont devenus parmi les plus riches grâce à leurs investissements.

Peter Lynch nous explique que dans sa gestion de portefeuille, il classe les actions en 6 catégories différentes. N’importe quel investissement en actions d’une entreprise rentre ainsi dans une des 6 catégories ci-dessous, et il n’y a donc jamais besoin d’en créer de supplémentaire et pour chaque action vous pouvez déterminer son type parmi les 6.

Les « Croissance lente »

Ce sont généralement les grandes entreprises qui sont généralement plus âgées et devraient croître parallèlement au PIB. Les entreprises de services publics, qui fournissent des dividendes généreux et réguliers,  correspondent à la description commune de ces entreprises dites de « croissance lente ». Lynch n’est pas totalement opposé à ces Sociétés, il dit simplement de ne pas en attendre d’énormes profits (puisqu’elles ne cherchent en général pas à croître).  Il ajoute avec raison qu’il faut également se demander avant d’y investir si un investissement obligataire n’offrirait pas un meilleur compromis rendement/risque.

Exemples : Orange, Engie etc.

Les Piliers

Les piliers sont des entreprises qui subissent le moins de secousses pendant les récessions et les ralentissements économiques. La plupart d’entre elles sont des géants de plusieurs milliards de dollars de capitalisation boursière. Leurs innovations sont plutôt incrémentales que tranchantes, mais ces entreprises demeurent solides grâce à des produits anti-récession, comme des produits cosmétiques ou des Cornflakes. Elles disposent en général d’un avantage concurrentiel, et sont souvent des aristocrates des dividendes (i.e des entreprises dont le dividende ne représente pas un rendement extraordinaire à l’instant t, mais dont le montant augmente régulièrement chaque année – avec un tel historique de croissance des dividendes déjà démontré). Ce type d’actions assure une assise à un portefeuille et peut en constituer les fondations.
 
Exemples : L’Oréal, Procter & Gamble etc.
Même si elle ne verse pas de dividendes, Berkshire Hathaway peut aussi être rangée dans cette catégorie.

Les « Croissance rapide »

Les « Croissance rapide » sont de petites entreprises agressives  qui peuvent faire une croissance de 20-25% du bénéfice par an. Choisissez la bonne, et dans quelques années, vous aurez un multi-bagger (une entreprise dont le cours a été multiplié par x avec x >= 2). Vous n’êtes pas obligé d’avoir un secteur industriel en croissance rapide pour trouver une entreprise en croissance rapide. Vous avez simplement besoin d’une entreprise qui est en mouvement et gagne des parts de marché plus rapidement que d’autres entreprises de ce secteur.

Pour être intéressantes, les « Croissance rapide » ont besoin de bons bilans propres et de bénéfices stables,. L’astuce est de déterminer quand elle vont ralentir ou arrêter leur croissance, et combien vous payez pour cette croissance.

Les principaux risques à investir dans ces entreprises sont :
  • 1) Qu’elles deviennent trop zélées et mangent plus qu’elles ne peuvent mâcher,
  • 2) Qu’elles  soient sous-financées, et viennent à être à court de liquidités.
C’est dans cette catégorie d’actions que Lynch trouve ses investissements favoris, ces entreprises en croissance rapide pouvant se transformer en  10-baggers (dans l’expérience de Lynch). Mais dénicher les bonnes, qui vont continuer à croître plutôt que se démoder, tout en les payant à un prix raisonnable nécessite un vrai talent, qui est loin d’être facilement reproductible.
Exemples : Guillin, Precia

Les Cycliques 

Les Cycliques sont des industries et entreprises qui sont touchées par les changements cycliques, tels que l’économie, les élections du gouvernement, et ainsi de suite. L’industrie du voyage, comme les compagnies aériennes, les compagnies parapétrolières, ou encore les constructeurs automobiles sont beaucoup affectées par l’économie. Quand les temps sont bons, les gens voyagent ou achètent des voitures. En revanche, lorsque l’économie est en berne, tout s’écroule pour ces entreprises.

En un sens, les valeurs cycliques sont parfois les investissements les plus risqués que vous pouvez faire … Vous pouvez en effet les acheter au mauvais moment, alors qu’elles semblent être vaillantes et stables … Et qu’elles sont en réalité à la veille d’être frappées par la récession ou un retournement de leur cycle. Alors que vous les considériez jusque-là quasiment comme des piliers, elles se montrent alors soudainement sous leur vrai jour…

Le timing d’achat est donc primordial quand on parle des actions cycliques. Contre-intuivement au cas classique, elles sont en fait un meilleur investissement quand leurs ratios de valorisation type PER sont élevés (car elles sont alors en bas de cycle) plutôt que quand ils sont faibles (signe qu’elles sont plutôt en haut de cycle).

Exemples : Peugeot, Technip.

Les « Redressement »

Ce sont des entreprises en grande difficultés. Pourquoi les achetez-vous alors ? Parce qu’en général, vous pouvez les acquérir pour une bouchée de pain. Si le redressement est réussi, le retour sur investissement sera très lucratif. Le redressement peut être dû à un facteur extérieur comme une aide de l’état (Chrysler dans les années 80) ou à un changement complet de produits.

Mais les risques sont également importants : faillite, mais aussi redressement réussi seulement après une forte dilution des actionnaires historiques.

Exemple : Solocal

Les jeux d’actifs

Ces entreprises ont un actif connu qui les distinguent particulièrement. L’actif peut aussi bien être de la trésorerie qu’une île pleine de pétrole au large de la côte d’un pays.

On se trouve en présence d’un jeu d’actif lorsque les actifs de l’entreprise dépassent sa capitalisation boursière, et que cet aspect constitue l’attrait principal de l’investissement. Si c’est le cas, vous savez que vous obtenez une bonne affaire. La question cruciale est alors : Êtes-vous sûr d’avoir évalué correctement les actifs ?

L’exemple pris par Lynch est Pebble Beach. A la fin de l’année 1976, elle compte 1,7 millions d’actions en circulation, et l’action se négocie à 14,5 $. Ainsi, la capitalisation boursière de tout cela est d’environ 25 millions. Moins de trois ans plus tard, Twentieth Century-Fox a acheté le tout pour 76 millions, puis vendu The Gravel Pit (une petite partie de Pebble Beach) pour 30 millions $. En d’autres termes, The Gravel Pit valait à elle seule plus que l’ensemble du business au prix où celui-ci pouvait être acquis 3 ans auparavant. On pouvait donc obtenir le reste du business gratuitement (deux terrains de golf de renommée mondiale, l’hôtel, une tonne de terrains,  des forêts anciennes de 300 ans, des cash-flow stable …)

Compter ce qu’on acquiert gratuitement (et qu’on est satisfait d’acquérir) est typique de l’investissement dans un jeu d’actifs.

Gardez à l’esprit que les actifs ne peuvent pas être tous tangibles, et que la valeur d’un actif variera en fonction de la méthode d’évaluation et de celui qui l’effectue. Quant à la valeur comptable, ce n’est pas un indicateur pertinent, car celle-ci peut être sur- ou sous-évalué.

La patience est l’aspect le plus important pour l’investissement dans ces entreprises, car cela peut prendre un certain temps avant que le marché ne reconnaisse l’erreur d’évaluation, et donc qu’on puisse  en tirer  les bénéfices. Il faut également les veiller à ce que l’entreprise ne perde pas d’importante quantités d’argent par ses opérations, sinon la marge de sécurité procurée par le jeu d’actifs mis en évidence au départ pourrait être dilapidée assez rapidement.

Exemple : j’en ai 2 dans mon portefeuille et qui me viennent à l’esprit, mais comme elles sont dans les portefeuilles de l’Investisseur Français, je ne peux déontologiquement pas les révéler par respect pour leur travail.

Un autre exemple (rare) parlant est lorsqu’on trouve une entreprise dont la trésorerie nette dépasse la capitalisation boursière.

Conclusion

Je trouve les 6 catégories d’actions de Lynch très pertinentes. En effet, selon moi, lors de chacun de nos achats d’actions, on devrait se poser la question suivante : « Dans laquelle de ces 6 catégories mon achat rentre-t-il ?« .

D’abord parce que pour gagner en bourse, il est mieux d’avoir les idées claires. Ensuite, car cela nous oblige à être sûr de savoir pourquoi on achète cette entreprise. Lorsqu’on sait pourquoi on l’achète, on identifie alors pourquoi cet investissement pourrait bien fonctionner, mais aussi dans quels cas il pourrait mal se comporter. Or, pour limiter les risques d’erreur, il est à mon sens essentiel de suivre une telle démarche intellectuelle.

Peter Lynch est également l’auteur de plusieurs livres sur la bourse.

Les 6 types d’actions de Peter Lynch
5 (100%) 1 vote


3 thoughts on “Les 6 types d’actions de Peter Lynch

  1. Jeremy Vy

    L’effort intellectuel de classer ainsi ses actions, que j’ai découvert pour ma part il y a 2 ans et applique depuis, vaut effectivement son pesant d’or.

    Répondre
  2. GARBE Laurent

    Ce classement est très utile pour y voir plus clair lors d’un achat.
    Mais n’y a t-il pas d’autres catégories de titres ?
    Je pense aux titres de rendement (dividendes compris entre 6 et 9% environ), mais aussi au sté Bio-technologiques (les « espoirs » de RN futurs !).
    Est t-il pertinent de créer pour soi, une 7ème et 8ème catégorie ?

    Répondre
    1. Julien DelagrandanneJulien Delagrandanne Poster auteur

      Selon Lynch n’importe quel action doit rentrer dans une des 6 catégories.
      Les actions de rendement à dividendes élevés rentrent pour moi de façon assez évidente dans la catégorie « croissance lente ».
      Cela peut faire un peu + débat pour les biotechs. Mais je les mettrais dans les croissances rapides : soit la molécule développé est un blockbuster et ce sera un multi-bagger, soit elles viennent à court de cash et meurent (ou diluent les actionnaires par coup d’augmentation de capital successives à prix faible ce qui revient au même) qui est un des risques identifiés dans l’article.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *