Petite pensée T2 2016 : Prenez invariablement la position la plus élevée, c’est généralement la moins encombrée.

Cette phrase est une citation de Charles De Gaulle. J’ai appris à essayer chaque fois que je le peux d’appliquer la première partie de la phrase consistant à prendre la position la plus élevée, et je dois admettre que sa conclusion, même si contre-intuitive, me paraît appropriée et souvent juste. La position la plus élevée n’est en effet souvent pas très encombrée.

Pour lui, il est clair que la position du 18 juin 1940 était sûrement la plus élevée, mais qu’il était effectivement bien seul. Dans cette petite pensée du 2nde semestre 2016, je vais essayer à travers des exemples personnels de vous illustrer comment j’ai pu appliquer cette citation, à mon échelle, dans divers domaines de ma vie.

Cette phrase me parle peut-être particulièrement, car j’ai toujours naturellement aimé agir différemment. Les actualités récentes sur le paquet de cigarettes neutre, m’ont d’ailleurs remémoré que lorsqu’au lycée j’ai acheté le seul paquet de cigarette de ma vie (que j’ai eu du mal à finir…), mon choix s’était porté sur un paquet de Benson & Hedges… Juste parce que c’était la seule marque que j’avais trouvée dont aucun de mes potes n’était adepte. Finalement, prendre invariablement la position la plus élevée, c’est d’abord agir différemment par instinct, et ensuite pousser consciemment cette attitude jusqu’à l’étape d’après en l’orientant vers le choix de la position la plus élevée.

En matière professionnelle, le bal des petits combats de mes collègues pour prétendre à telle ou telle promotion est très amusant. Mais pour ma part, j’ai le loisir de l’observer de la position la plus élevée, sans chercher à y participer coûte que coûte, et cette position n’est effectivement pas très encombrée. En effet, comme j’ai des activités parallèles, soit mes « mini-business », soit mes investissements, une promotion n’est pas ma seule chance d’augmenter mes revenus. De plus, je ne suis pas sensible à la gloire des titres (j’ai eu des titres pompeux assez jeune, j’ai pu le vérifier). Je n’ai donc pas besoin de participer corps et âmes à ces combats, et peut sourire en me disant qu’il y a des choses plus importantes dans la vie. Ainsi, j’ai parfois l’impression d’être un arbitre de rugby qui observe d’un oeil à la fois amusé et extérieur la foire d’empoigne de la mêlée. Et la position d’arbitre n’est effectivement pas la plus encombrée : il est seul au milieu du terrain parmi trente joueurs. En fin de compte, c’est d’avoir pris la position la plus élevée en agissant, en éviter de ma placer en situation de dépendance totale vis-à-vis de mon job, qui me permet ce confort. D’ailleurs, cette volonté d’indépendance fait bien un clin d’oeil à De Gaulle puisque c’était une constante dans sa politique.

En matière professionnelle, il faut donc parfois savoir viser haut, car la position élevée est parfois moins encombrée non seulement que vous le pensez, mais aussi que si vous visiez plus bas. Mais viser haut, ne veut pas dire tomber dans la petites magouilles décrites ci-dessus. On est plutôt ici dans l’esprit de la phrase d’Oscar Wilde : « il faut toujours viser la Lune, car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles ». Le but n’est pas forcément financier, par exemple les personnes qui ont la chance d’avoir réussi à vivre de leur passion n’ont pas vraiment l’impression de travailler un seul jour de leur vie.

En matière de conflits, qu’ils soient entre certains de mes amis coutumiers du fait ou professionnels, j’essaie aussi d’adopter la position la plus élevée. D’abord, je me demande si le sujet du conflit fait sens pour moi : dans 9 cas sur 10, ce n’est pas le cas et le sujet est futile. Je reste alors en dehors, ne gaspille pas mon énergie, et ce n’est effectivement pas ce que font la majorité des personnes impliquées. Dans le cas restant sur 10 où le truc fait sens pour moi ou a une réelle importance à mes yeux, j’essaie de ne pas être manichéen, et de chercher une solution gagnant-gagnant : ce n’est pas le plus facile à faire, mais c’est à la fois la position la plus élevée… Et comme par hasard la moins encombrée !

En matière sentimentale, si je suis en couple et que nous avons un désaccord important, avant de me braquer sur ma position, j’essaie de me mettre dans les baskets de ma compagne. Cela ne veut pas dire que je suis mou, et que j’accepte n’importe quoi. Mais son vécu, ses besoins, son ressenti etc. par rapport à une chose ne sont pas forcément les mêmes que les miens, et j’essaie de la comprendre au mieux dans sa complexité (finalement comme moi même j’aimerais être compris) : mon but premier de petit ami étant qu’elle soit pleinement épanouie. Si j’en crois la surprise face à cette attitude des rares qui ont eu la chance (si, si, c’est moi qui écrit, donc j’ai le droit de dire ça 😉 ) de passer dans mes bras, cette attitude qui est sûrement la position la plus élevée dans ce genre de cas n’est pas non plus la plus encombrée. De même, en matière de jalousie : je suis convaincu que la jalousie est l’apanage des faibles et que la seule solution possible dans une relation saine est la confiance absolue, que je conçois donc comme la position la plus élevée. Et même si une fois cela m’a joué un tour, si c’était à refaire je le referais, et je ne changerai jamais d’avis et d’attitude là-dessus.

Le mot « invariablement » est essentiel dans la citation.

Or, je dois confesser que ce n’est pas toujours facile de prendre la position la plus élevée. On a tous nos points faibles et c’est parfois un défi contre soi-même. En ce qui me concerne, je pense que c’est dans ce domaine-là, le sentimental, que je peux être le plus en difficulté pour l’appliquer. Notamment, lorsqu’une fille me plait, et que ça capote, i.e lorsque je réalise que le commencement d’une histoire sera impossible : ce serait exagéré de dire que le cas m’est arrivé de nombreuses fois, mais il m’est quand même arrivé plus d’une seule fois, donc assez pour que je le comprenne bien.

Il faut dire que, peut-être à cause de ma personnalité d’INTJ, lorsqu’une fille me plaît, ce n’est pas comme pour beaucoup juste une fille avec qui « un feeling ou un déclic » est passé ou avec qui j’ai eu l’impression « qu’il y avait moyen », mais c’est qu’elle a déjà passé un processus multicritères et qu’elle est mon choix d’1 parmi 100 : oui, vous m’avez reconnu, je suis le mec du Théorème du Homard 😉 ! Bref, quand ça capote, je ressens un sentiment de rejet, que je vis difficilement (le seul cas où je vis un rejet difficilement est quand il émane de quelqu’un que j’estime : on y est donc bien dans ce cas précis, qui plus est en version exacerbée). Là, à cause de cette impression de rejet, une force naturelle post-frustration me pousse ponctuellement à lui en vouloir de ne pas avoir mesuré sa chance, ou à accuser intérieurement sa bêtise de ne pas avoir pris conscience ce qu’elle a loupé. Oui, pour le coup, là ce n’est pas la position la plus élevée et c’en est même très très loin : on ne peut en effet pas forcer qqn à tomber amoureux de soi, et donc elle n’est en réalité coupable de rien… L’avantage c’est que je sais que je réagis naturellement comme cela, et donc je sais que c’est le moment où il faut que je me tempère et ne laisse pas cette vive blessure prendre le contrôle sur moi et agir à ma place (en tout cas maintenant, plus jeune c’était plus difficile). J’arrive ainsi à éviter au mieux de ne pas trop le montrer pour ne pas lui nuire, même si c’est difficile. Et puis, avec un peu de temps, je me ressaisis, et souhaite sincèrement qu’elle soit heureuse avec son choix. Et nous restons en général de bons amis : après tout, si je l’avais choisie parmi 100, c’est quand même qqn que j’appréciais particulièrement, et le contraire serait donc fort dommage. Ainsi, je finis par arriver à avoir cette position élevée, mais ici elle demande un vrai effort de lutte contre mes démons internes. J’ai choisi cet exemple pour illustrer qu’ il parfois facile d’adopter l’attitude prônée par De Gaulle (elle vient alors « naturellement »), mais que d’autres fois cela nécessite un véritable effort. Dans ce dernier cas, si on n’arrive pas à l’atteindre pour le moment, on peut temporiser, mais il est essentiel d’être vigilent et de veiller à ne pas compromettre définitivement (par une attitude, un acte etc.) ses chances d’atteindre à terme cette position la plus élevée. Je le répète, le mot « invariablement » a son importance dans la citation…

En matière entrepreneuriale, quand j’ai écrit Investir en bourse : styles gagnants, styles perdants, c’était le début des liseuses et livres numériques et notamment du Kindle en France : beaucoup de promotions d’Amazon étaient effectuées dessus, et donc des opportunités s’ouvraient pour les écrivains en herbe. J’avais alors 2 alternatives :

  • Aller vite pour prendre une place sur la plateforme avant que d’autres ne le fassent, et rédiger un livre d’une cinquantaine de pages équivalent papier, vendu dans la fourchette basse du prix Kindle (qui s’étale en pratique entre 2.99 et 9.99 €, les conditions d’Amazon en termes de reversement des droits d’Amazon font que les autres prix ne sont pas intéressants pour les auteurs). Quitte à qu’il ne soit pas complet et soit spécialisé sur un sous-thème de la bourse, ce qui de surcroît me laissait la possibilité d’en écrire 2 ou 3 autres si ça marchait et d’ainsi multiplier les ventes.
  • Faire ce que j’ai fait. Ecrire un livre équivalent 200 pages papiers, en cherchant à faire le livre le plus complet, et potentiellement le meilleur, sur le sujet écrit par un français. Je ne prétends pas égaler les meilleurs livres américains qui ont traversé les décennies, par contre un livre écrit par un français pour les français a son intérêt : mentalité différente des anglo-saxons, exemples d’entreprises françaises pour illustrer, spécificités réglementaires (PEA) etc. Restait à écrire LE livre (et non juste « un livre ») répondant à cette description.

La première solution pouvait semblait la meilleure : rapidité, moins d’efforts avant d’avoir l’occasion de tester le marché (et donc moins d’efforts tout court), un prix plus faible donc plus de garantie de ne pas se retrouver avec un « zéro ventes » ou proche qui ferait mal à l’égo. La seconde était juste la position la plus élevée…

Et devinez quoi ? Six mois, il y avait plus d’une dizaine de livres Kindle à 2.99 € de 50 pages sur la bourse, qui se vendaient très moyennement, se concurrençaient entre eux, et récoltaient des commentaires déçus. Et le mien, qui était le seul dans la fourchette haute de prix Kindle à 8.98 €, et à avoir 200 pages et donc être le vrai équivalent d’un livre papier : sans concurrence dans cette gamme, il se vendait très bien, et avait de bons commentaires. En effet, même s’il payaient plus cher, les clients en avaient au final nettement plus pour leur argent qu’avec les livres qui avaient adopté la 1ère stratégie. Prendre la position la plus élevée était donc le bon choix, qui encore une fois s’est révélé le moins encombré.

D’ailleurs, quand on parle des commentaires des livres, au début j’avais tendance à répondre à un commentaire négatif, surtout quand il me paraissait injuste (exemple : le client qui mettait une ou 2 étoiles et me pourrissait ma moyenne, parce qu’il n’avait pas pris la peine de lire description du livre et donc n’avait pas en main ce qu’il avait cherché à acheter, celui qui se plaignait d’avoir reçu le livre abîmé – en gros, des commentaires qui n’avaient rien à voir avec ce qu’ils étaient censés juger, i.e la qualité du livre). Résultat : un commentaire mécontent qui me « re-répond » et en rajoute. Désormais, je prends la position la plus élevée : en cas de commentaire négatif, je ne réagis pas, et j’attends sagement que les commentaires positifs le compensent. Au passage, savoir se remettre en cause n’est pas une faiblesse, mais une position élevée. Une faiblesse, c’est remettre en cause ses principes fondamentaux, pas ses attitudes face à une situation donnée.

Finalement, au-delà des grandes domaines précités, dans beaucoup de petites décisions quotidiennes, nous avons l’occasion de prendre la position la plus élevée parmi les choix qui se présentent à nous : essayez, je parie que vous ne vous en sentirez que mieux, et en tirerez une satisfaction régulière.

Pour conclure, même si j’ai comme tout le monde mes limites, écrire cet article m’a fait remémorer l’exercice d’écriture de la lettre de mission personnelle que j’avais effectué dans la chronique du livre de Stephen Covey. Je ne connaissais pas la citation de De Gaulle à l’époque, mais je constate qu’en relisant la lettre de mission que j’avais écrite, beaucoup d’éléments pourraient avoir cette citation comme sous-jacent. J’aurais presque été jusqu’à ressentir un sentiment de fierté et d’accord avec moi-même en relisant cette lettre de mission personnelle. C’est peut-être pour cela que j’aime autant cette citation de De Gaulle. Reste à maintenant avoir une attitude constante en accord avec ce que j’ai écrit, sans en dévier, ce qui parfois face aux aléas de la vie constitue un réel défi…Life and time will tell !

Petite pensée T2 2016 : Prenez invariablement la position la plus élevée, c’est généralement la moins encombrée.
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2 thoughts on “Petite pensée T2 2016 : Prenez invariablement la position la plus élevée, c’est généralement la moins encombrée.

  1. Helene Lecoq

    C’est une très belle meditation Julien ! Assurement Une de mes preferées!
    En + il y a la théorie et vous parlez a « coeur ouvert » des épreuves dans la pratique et votre propre vie pour la mettre en oeuvre.

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  2. Proustien

    Pour moi, c’est bien la meilleure citation de ce bon vieux général.

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