Le marché se moque de votre PRU ! Vous devriez aussi l’ignorer…

Au moment de choisir d’ils vont ou non compléter/renforcer une ligne d’actions qu’ils possèdent déjà en portefeuille, souvent les investisseurs en bourse raisonnent en se référent à leur PRU (Prix de revient unitaire). Est-ce une bonne idée ? Faisons le point.

 

Définition du Prix de Revient Unitaire (PRU).

Un exemple valant mieux qu’un long discours :

  • Vous achetez 50 actions Total le 10/02 à 40 €
  • Vous achetez 60 actions Total le 31/03 à 30 €

Votre PRU est de (50*40+60*30)/110 = 34.54 € pour l’action Total.

Que signifie l’expression « Ramener son PRU à zéro »?

Un exemple valant mieux qu’un long discours :

  • Vous achetez 100 actions LVMH à une date donnée à 200 €
  • 2 ans plus tard, ces actions valent 400 € et ont donc doublé. Vous décidez de vendre 50 de ces actions (soit la moitié de votre position totale)  à ce prix de 400 €

Votre prix de revient unitaire (PRU) sur vos 50 actions LVMH restantes est alors de (100*200-50*40)/50 = 0 €

Vu autrement, vous aviez payé 100*200 = 20 000 € pour vos actions. Vous en avez revendu 50 et obtenu  50*400 = 20 000 €. Vous avez donc récupéré votre mise de départ. Autrement dit, quoiqu’il arrive aux 50 actions qui vous restent, vous ne pourrez plus perdre en valeur absolue sur cette position. Vous pouvez juste avoir perdu une opportunité si le cours continue à monter.

Tenir compte de son PRU pour choisir si on renforce ou on vend une action : un biais classique, très répandu, car humain.

La plupart des investisseurs vont avoir :

  •  Plus de facilité à renforcer à la baisse qu’à ajouter des positions au-dessus de leur PRU.
  • À vendre en plus-value plutôt qu’en moins-value.

Et j’ai envie de dire que tout investisseur en bourse passera par ce biais comme l’une des étapes de son apprentissage.

Mais une erreur…

Pourtant, votre PRU ne devrait jamais rentrer en ligne de compte dans votre décision de vendre ou  ou de renforcer. 

Le marché, l’entreprise sous-jacente, et le cours de son action n’ont en effet que faire de votre PRU qu’ils ne connaissent pas.

Toute décision de vente devrait donc être prise indépendamment de votre PRU, en fonction de qualité de l’entreprise, de ses perspectives fondamentales, et du cours de l’action vs. la valeur intrinsèque que vous estimez.

De même, tout renforcement devrait être décidé indépendamment du PRU des actions de cette entreprise que vous possédez déjà.

Un peu comme si c’était la première fois que vous achetiez l’action de cette entreprise et que vous n’en possédiez pas déjà… À un bémol près : la taille totale qu’aura votre position in fine sur cette ligne, comme nous allons détailler dans le paragraphe suivant.

Le critère dimensionnant pour un renforcement = la taille totale de la position.

Même s’il faut toujours s’être demandé avant l’achat d’une action si on serait prêt à renforcer à la baisse pour s’assurer de la pertinence de son achat, et se laisser de la profondeur pour pouvoir le faire, il ne faut jamais s’obstiner à l’infini dans un renforcement à la baisse.

En effet, si vous vous êtes trompé dans votre analyse (et ça arrive à tout le monde, même aux parfois aux meilleurs gérants), et que vous renforcez sans cesse à la baisse, vous courrez à la ruine ! Votre faillite pourrait ainsi accompagner celle de l’entreprise dont l’action irait à zéro et que vous auriez inlassablement renforcé à la baisse dans l’hypothèse d’un retournement, la pensant sous-valorisée mais ayant en réalité sous-estimé ses difficultés opérationnelles réelles.

Beaucoup d’investisseurs ont ainsi accompagné dans ces derniers mois (et même avant la crise du Covid) la baisse d’actions qu’ils considéraient comme value, telle Renault ou Unibail.

Vous avez donc besoin d’un pare-feu pour contrer ce risque-là :

Il faut donc toujours se fixer préalablement un montant maximal que l’on est prêt à investir sur l’action d’une entreprise, les renforcements à la baisse n’étant ensuite que des paliers pour répartir dans le temps cet investissement en plusieurs fois plutôt que de jeter ses oeufs dans le panier en une seule fois (par exemple avec la méthode du Dollar Cost Averaging).

.Je trouve qu’une façon intéressante de fixer le montant maximal que l’on est prêt à investir sur une action donnée est de le faire en mois de salaire, car

  • D’une part, c’est en général représentatif pour bien ressentir émotionnellement ce que l’on peut perdre.
  • D’autre part, ça la pondère de facto en fonction des moyens de chacun.

Par exemple, 3 mois de salaire si c’est une big-cap leader, 2 mois de salaire si c’est une big-cap plus spéculative, 1 mois de salaire sur une small cap, etc. Chacun adpatera l’exemple en fonction de sa stratégie, de son patrimoine, et de son aversion au risque bien sûr.

 

Les livres de Julien Delagrandanne :



 


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