Pourquoi les business plan ne servent à rien ?

« Julien, on a l’impression que dans tes articles tu critiques souvent les business-plans, notamment dans les articles sur l’entrepreneuriat. Tu dis que c’est inutile pourtant on entend partout qu’il faut des business plans quand on veut monter une entreprise : donc, est-ce que tu n’abuses pas un peu en gros quand tu dis que les business plans sont inutiles ? »

Transcript de la vidéo :

Bonjour à tous,

Alors je continue ma petite série de vidéos dans lesquelles je réponds aux questions des lecteurs, soit lecteurs du blog Mes investissements, soit lecteurs de mes livres, notamment sur l’immobilier.

Alors aujourd’hui la question que j’ai c’est :

« Julien, on a l’impression que dans tes articles tu critiques souvent les business-plans, notamment dans les articles sur l’entrepreneuriat. Tu dis que c’est inutile pourtant on entend partout qu’il faut des business plans quand on veut monter une entreprise : donc, est-ce que tu n’abuses pas un peu en gros quand tu dis que les business plans sont inutiles ? »

Alors pourquoi je dis que les business plans sont inutiles ? Il y a plusieurs raisons pour lesquelles je dis que les business plans sont inutiles.

D’abord, parce que de toutes façons un business plan, n’importe qui peut en faire sur une feuille de papier… Alors que lancer une entreprise concrètement et aller au bout c’est vraiment autre chose.

Ensuite je suis pas forcément fan parce que dans la réalité ça ne va jamais se passer comme le business plan, c’est à dire que quand vous vous lancez dans l’entrepreneuriat, vous pouvez être convaincu qu’1+1 vont faire 2, et puis quand vous confrontez votre idée face au monde réel et face à l’évolution du monde réel, eh bien peut être que le monde va vous dire que 1+1 vont faire 3. Et à ce moment-là il faut savoir s’adapter et puis faire évoluer son idée : c’est le propre de l’entrepreneur qui réussit. Comme je l’expliquais dans l’un des articles du blog (vous pouvez le retrouver au point 6 ici), il y a plein d’idées qui n’étaient pas l’idée de départ : par exemple, YouTube qu’on utilise aujourd’hui pour faire cette vidéo au début c’était pas du tout pour diffuser des vidéos et que n’importe qui puisse se faire sa petite chaîne privée : c’était pour envoyer  à ses amis des photos de ses vacances parce que les boîtes e-mails ne les acceptaient pas au-delà de 3 ou 4 méga octets. Beaucoup d’entrepreneurs à succès ont ainsi pivoté, et à partir du moment où on fait un business plan, là concrètement ça sert à rien.

Bon il y en a qui vont me dire, oui mais moi je monte mon entreprise, j’ai besoin à un moment donné de lever du financement, donc il va me falloir un business plan, c’est la figure imposée. Alors c’est vrai si vous allez voir une banque voire certains business angels, vous allez avoir besoin d’un business plan et vous n’allez pas y couper. C’est vrai, mais j’aimerais quand même mettre une petite réserve là-dessus, c’est à dire que souvent si vous n’avez pas d’historique et juste une bonne idée, même si vous pensez avoir l’idée du siècle et que vous vous pointez avec un bon business plan sur du papier glacé pour demander du financement, il y a de bonnes chances qu’on vous claque la porte au nez

Parce que même si vous pensez que votre idée  est miraculeuse, ce qui fait un entrepreneur qui réussit, ce n’est pas l’idée miraculeuse : en fait vous pensez que vous êtes le seul à avoir l’idée et il y en a en fait dix autres qui ont la même en ce moment même dans le monde ou en France. Donc ce qui fait un entrepreneur qui réussit, c’est son exécution et c’est le fait de faire les choses mieux que les autres, mieux que ce qui existe déjà. Et finalement ce qui vaudra tous les business plans pour qu’on vous amène du capital, c’est avoir prouvé dans le monde réel votre capacité d’exécution, c’est à dire que plutôt que de commencer avec votre idée ,et puis de mettre un business plan, de tirer des plans sur la comète etc., vous commenciez à agir. Il faut que vous ayez un premier produit « zéro », il faut que vous ayez un prototype, il faut que vous commenciez à vous confronter à des premiers clients et c’est après que vous allez faire les choses.

Moi, si je prends l’exemple de mes livres par exemple, pour le premier eh bien, j’ai tout fait bien, j’ai essayé le type de cible pour qui ça pouvait aller puis je l’ai envoyé à des éditeurs. Or, les éditeurs soit ils n’en voulaient pas parce qu’ils ne connaissaient pas, soit il y en a un qui en voulait mais en gros qui me demandait de réécrire la moitié du livre et ça ne m’a pas intéressé. Qu’est-ce que j’ai fait ? Je ne me suis pas arrêté là ? Il y’en a qui seraient découragés, mais moi j’ai pris la voie de l’autoédition : j’ai ainsi quand même édité mon livre, je l’ai confronté aux lecteurs. Or, il se trouve que ce livre s’est pas mal vendu et donc après quand j’ai écrit le deuxième Investir en bourse : styles gagnants, styles perdants, styles perdants, là j’ai quelques éditeurs – deux ou trois – qui m’ont sollicité en me disant qu’ils étaient prêts à m’éditer. Voilà j’avais prouvé mon exécution sauf qu’à ce moment-là je n’avais plus besoin d’eux donc j’ai continué à autoéditer et maintenant que j’ai sorti le troisième, j’ai encore fait pareil puisque jugé que j’avais plus besoin d’eux. J’ai donc autoédité l’investissement immobilier locatif intelligent. Or là, celui-ci il est devenu, il est en train de devenir vraiment ce qu’on appelle un best-seller (par rapport au niveau de de référence de vente en France, le livre par rapport à ce qu’il a fait sur les six premiers mois de sa sortie je peux dire aujourd’hui sans prendre beaucoup de risques que ce sera un best-seller), eh bien ce livre maintenant que voilà je prouve mes ventes etc. j’ai tous les quinze jours des éditeurs qui me disent « mais votre livre là il n’est que vendu en ligne sur amazon voire sur priceminister etc. mais moi je pourrais vous le mettre en librairie physique je pourrais vous le mettre à la fnac etc je veux vous éditer ». Sauf que moi ça ne m’intéresse pas, je sais qu’il va me capter les trois quarts de mes marges et qu’il ne va pas forcément me faire réaliser quatre fois plus de ventes.

Je n’ai plus besoin d’eux. Mais pourquoi on est prêts à me suivre ? Ce n’est pas parce que j’ai eu la meilleure idée : des gens qui se réveillent un matin qui se disent je vais écrire un livre, il y en a cinquante tous les jours en France. Il y en a même plus puisqu’il y a cinquante-cinq mille livres qui sortent par an en France. Un livre sur l’investissement, des gens qui se lèvent le matin qui se disent je vais écrire un livre on en a probablement 500… Quelle est la différence avec moi ? La première chose c’est que je l’ai exécuté et puis j’ai essayé d’exécuter mieux que les autres cette idée que beaucoup d’autres avaient.  C’est à dire une époque où… c’est vrai qu’il faut se former quand on veut faire l’immobilier locatif. Mais l’offre qu’est-ce-qu’il y a, qu’est-ce que c’est ? Ce sont des formations  à 2000 balles à sur internet , à 500 balles à trois mille balles, etc. Après il y a des livres qui sont un peu des faux-livres parce que c’est un prétexte pour vendre une formation derrière, et en pratique il n’y a rien dans ceux-ci, à part « quand on veut un peu achetez ma formation pour le concret ».

Donc voilà j’ai vu que là il y avait un trou de marché je me suis dit je vais faire un livre sur l’immobilier locatif pour que les gens puissent se former pour pas cher. On achète un livre à 23 euros : au pire c’est de la merde on s’en fout quoi,  vous n’allez pas pleurer si vous avez perdu 20 balles, alors que si vous avez perdu 1000 balles dans une formation ça va être autre chose. Donc plutôt que perdre du temps à faire des business plan , pour moi il faut vraiment essayer de vous lancer et de faire du concret. Commencez sur quelque chose de concret, petit, ce n’est pas forcément votre idée qui est déployée dans sa totalité pour aller jusqu’au bout.

Mais il faut que vous commenciez premièrement à confronter votre réalité au monde pour voir si ça se passe comme vous l’aviez anticipé. Il y a alors trois chances sur quatre que le monde vous explique que ce n’est pas tout à fait comme vous l’imaginez que ça se passe… Mais ceci dit, qu’il vous donne le guide, la carte routière pour vous dire que ce n’est pas loin, et qu’en pivotant, en changeant un peu de direction, en prenant la route qui part un peu à gauche, vous allez pouvoir vous rattraper ça et arriver à quelque chose de bien.

Et puis le deuxième élément c’est qu’il faut, quand vous lancez une entreprise ou une initiative entrepreneuriale, que vous prouviez au monde votre capacité d’exécution avant que des gens ne vous suivent. Quand je dis des gens qui vous suivent, ça peut être des investisseurs en monnaies mais ça peut aussi être des partenaires qui vont faire levier sur ce que vous avez fait. Par exemple, moi depuis que j’écris livres et que le dernier est en train de devenir un best-seller, j’ai des sollicitations pour le des interviews sur des blogs et des médias et c’est ce qui fait que le livre qui se vend déjà bien, il se vend de plus en plus parce que je suis je suis sollicité, c’est donc un cercle vertueux… Mais ça, ce n’est pas un business plan qui me l’a apporté : le business plan, j’avais fait mes projections, j’avais fait mes espoirs, sur le premier livre j’espérais un peu plus, sur celui-là dans mes rêves les plus fous j’espérais moins.

Concrètement les business plans c’est parfois une figure imposée face aux banques, face à du private equity, mais ce n’est pas l’essentiel. Ne passez pas vos nuits, votre vie, à créer un business plan parfait. Ce n’est pas ça qui compte ce qui compte c’est vous confronter à la réalité, vous lancer, et y aller.

 

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2 thoughts on “Pourquoi les business plan ne servent à rien ?

  1. jean-luc VANNIER

    Je suis associé dans un cabinet d’expertise comptable et je vous rejoins. Des Business plans j’en prépare plusieurs par an… et franchement c’est rare que ce qui y est décrit arrive. Sauf pour la SCI que nous avons crée pour acheter nos locaux 😉
    reste que c’est tout de même un confrontation d’un futur entrepreneur avec la réalité des charges (si fait avec un professionnel). Souvent cela permet de remettre les pendules à l’heure sur le coût du travail et de la fiscalité en France. c’est une sorte d’éducation financière pour primo entrepreneur et une redescente sur terre ferme. Reste que pour les prévisions de Chiffre d’affaires, là, on nage souvent dans l’inconnu, même avec des « études de marchés ».
    un business plan n’a jamais fait une entreprise !!! mais les banques en réclament… alors on en fait.
    par contre connaitre les ratios de votre futurs business, c’est un atout. Et cela peut aussi servir à des moments charnières d’évolution d’une entreprise pour estimer le futur sur une base déjà connue.

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    1. Julien DelagrandanneJulien Delagrandanne Poster auteur

      Oui, Jean-Luc, je vous rejoins : ma pensée est un point manichéenne que le titre de mon article ne le laisse penser. Une fois n’est pas coutume, j’ai fait le choix d’un titre un peu provocateur / polémique pour cet article vidéo ;).

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