Maîtres de l’argent et biais du survivant

 

Maîtres de l’argent et biais du survivant.

(transcript vidéo)

Le livre

Alors on va un peu lever le suspense. Ce titre, Maîtres de l’argent et biais du survivant, je tire ça d’un livre qui s’appelle The Money Masters de de John Train. Alors, comme vous le voyez avec l’aspect du livre, c’est un truc qui n’est pas tout jeune. Ce livre date du début des années 80 de mémoire. Oui c’est ça, 1979 exactement ! Alors c’est un livre qui étudie plusieurs investisseurs, un par chapitre, et puis qui comparent leurs styles d’investissement. Il y a des gens qu’on connaît assez bien : Warren Buffet , Philippe Fisher ,Benjamin Graham, John Templeton, et des gens qu’on connaît moyennement comme Larry Tisch .Mais il y a aussi des gens dont moi je n’avais jamais entendu parler comme Paul Cabot, Stanley Knoll, Robert Wilson, etc.

Il est en anglais , et ce livre n’est pas très connu. On ne va pas vous le recommander comme un Benjamin Graham pour la bourse ou des Robert Kiyosaki pour l’indépendance financière, mais je trouve qu’il est néanmoins assez intéressant parce qu’il fait une synthèse de plusieurs styles d’investissement. Au sein de chacun d’entre eux, on peut voir leurs avantages et inconvénients respectifs.

Il y a aussi une nouvelle version qui s’appelle The New Money Masters, du même auteur, qui date quant à elle plutôt des années 90. On a rajouté quelques investisseurs comme George Soros etc. Voilà déjà pour vous signaler ce genre de livre. Alors, il  faut lire l’anglais – ce qui est dommage pour ceux à qui ça en prive l’accès – mais sinon ça se trouve d’occasion pour « deux balles » sur Amazon. On voit d’ailleurs sur le mien qu’il y a l’étiquette l’accès,  et qu’il traînait probablement dans une bibliothèque publique avant d’être revendu.

Je voulais aussi me faire une réflexion au delà de vous parler de ce livre que j’ai trouvé très intéressant puisque ça fait une petite diversification de lecture, même si malheureusement il faut parler en anglais comme souvent pour les livres sur la Bourse.

L’interrogation sur le biais du survivant.

La petite réflexion c’est que finalement ces investisseurs il y en a qui sont encore connus aujourd’hui. Pas de problème pour un Warren Buffet etc.. Mais sur les 2 ou 3 que je ne connaissais pas, j’ai essayé de faire une recherche Wikipédia et finalement ils n’ont pas leur page Wikipédia... Alors je concède que je n’ai pas investigué le plus possible, mais me vient une interrogation :

  • Est-ce que c’est parce qu’ils sont morts juste après ? Est ce que c’est parce que il n’y a pas assez de choses qu’ils ont vécu derrière le livre, sous l’ère Internet ?
  • Mais je me suis aussi posé une question : Est ce qu’il n’y a pas un problème de biais du survivant ?

Alors le biais du survivant, c’est quelque chose qui est très important quand vous essayez de suivre un investisseur en Bourse qui a eu de bons résultats. L’investisseur a eu de bons résultats. Donc vous vous dîtes, je vais me caler sur lui et caler ma stratégie sur la sienne. Donc, je vais vous prendre un exemple :

Si demain tous les Français misent un euro et le jouent à pile ou face. Chaque fois qu’on a bon, on double la mise, à l’inverse quand on a faux on doit arrêter le jeu. Et on va les faire jouer chacun 26 fois. En fait, sur ces Français il y en a un seul au bout de 26 fois qui aura tout le temps eu le bon résultat. Il aura doublé sa mise à chaque fois et il aura 67 millions d’euros en poche puisqu’il aura doublé sa mise à chaque fois (1*2^26).

Donc cet investisseur, finalement si  c’était une stratégie boursière, vous pourriez dire « il a de super bons résultats, il est parti de rien aujourd’hui il a 67 millions d’euros. Je vais donc suivre sa stratégie ». Et pourtant; il n’a pas eu une stratégie différente de tous les autres. Il y en a plein qui ont échoué en appliquant exactement la même stratégie (lancer une pièce à pile oui face 26 fois de suite). C’est juste que lui, d’un point de vue statistique, c’est celui qui a survécu.

Et donc c’est pour cela, il faut se méfier un peu des résultats des investisseurs en Bourse. Alors je me demande que si on n’a plus entendu parlé de ces trois-là, cala pourrait aussi venir d’un problème de biais du survivant : après avoir été mentionné dans le livre, ils auraient continué et puis leur stratégie aurait capoté leur faisant perdre ce qu’ils avaient gagné… Ou si c’est simplement qu’ils ne sont pas restés plus célèbres que ça.

Mais enfin pour faire un parallèle :

Il faut savoir quand vous voyez des investisseurs qui sur des blogs etc. mettent leurs résultats depuis 3 – 4 ans, soit sur la bourse en disant qu’ils ont fait 40% annuel depuis 3 ans ,ou pire souvent quand c’est sur des trucs comme le bitcoin qui pour moi ne sont pas des investissements –  mais c’est un autre débat- , qu’ils disent « voilà mes résultats :  j’ai fait plus 60 % de performance par an depuis trois ans, suivez moi voilà ma stratégie ». Clairement; il y a 2 solutions :

  • Soit, ce sont des mensonges…
  • Soit, c’est encore du biais du survivant, parce qu’il n’y a pas assez longtemps d’historique pour que cet investisseur se soit déjà planté. Il faut garder en tête que les grands investisseurs comme Warren Buffet  qui ont eu des résultats sur 40 ans (j’avais fait une autre vidéo là dessus), le rendement annuel en moyenne est autour de 15%… Et ça c’est l’investisseur exceptionnel qui est resté.  Sur ceux qui ont eu une carrière sur 10 ans, on peut arriver à 20% mais en moyenne par an, mais on n’a jamais significativement plus. Donc,  le petit boutonneux à lunettes dans son garage là, qui vous fait des vidéos en disant « Moi je fais 40%, prenez ma formation j’achète des bitcoins etc.. » Ces résultats, quand ils ne sont là depuis 3 ans, ne le suivez pas, parce qué – à supposer qu’il vous dise la vérité sur ses performances – on est clairement sur un phénomène de biais du survivant.

Voilà, sur cette vidéo j’en ai profité pour présenter ce livre The Money Masters. Et puis pour vous parler un peu de cette notion de biais du survivant… Quand vous voulez suivre certains investisseurs qui partagent leur portefeuille ou qui vendent leur portefeuille, s’il y’a peu d’historique en termes de longueur et que les rendements sont trop gros pour être vrais (je vous ai  donné des ordres de grandeur, l’exceptionnel tient 15%  par an et quand je dis l’exceptionnel c’est au niveau mondial), quand vous avez des choses qui sont complètement déconnantes par rapport à ça, ce n’est pas la peine d’accorder du crédit à votre interlocuteur

Un investisseur qui affiche (et vend) des performances supérieures à 20% de rendement annuel : soit un menteur, soit un survivant chanceux (biais).

En gros pour bien comprendre et synthétiser de façon assez concise ce concept du biais du survivant : ce qu’il faut que vous compreniez quand vous êtes face à quelqu’un qui vous affiche sur une valeur mobilière quelle qu’elle soit (en bourse principalement, mais j’ai envie de dire si c’est sur des bitcoins ou  des choses comme ça c’est la même chose).

Donc si vous êtes face à quelqu’un qui vous affiche une performance de 30% annuelle ou plus sur trois ans, en fait vous avez quasiment 100 % chances d’être face au chanceux plutôt que face au surdoué, c’est à dire le chanceux qui a eu la chance de ne pas se prendre un petit coup derrière la tête dans ses deux ou trois premières années d’investissement qui aurait complètement annihilé sa performance.

Si je refais le parallèle avec le jeu de pièce à pile ou face tout à l’heure que l’on faisait. C’est le chanceux qui dans les 26 lancers de pièces à pile ou face, qui au bout de 10 lancers par exemple est encore en course : celui là, vous en entendez parler, alors que celui qui a eu la malchance d’être éliminé et de se tromper au premier lancer de pile ou face vous n’en entendez pas parler. Mais c’est juste parce qu’il a été chanceux celui là, ce n’est pas une histoire de stratégie. Voilà le biais du survivant c’est vraiment ça ,l’essence même des choses.

Et parmi ces chanceux, il y en a forcément qui vont essayer de surfer sur la vague, et surtout qui ne sont eux-mêmes pas conscients qu’ils sont sens chanceux. Ils sont à 30 % annuels de performance en Bourse pendant trois ans. Pour eux c’est parce qu’ils sont doués ! C’est trop difficile  d’un point de vue « ego » d’attribuer cette performance à la chance. Mais, quand on voit que Warren Buffet, qui est le plus grand investisseur en Bourse sur la plus longue période, ia plutôt réussi à composer autour de 15 à 20% par an, ce 30% annuel ne sera forcément pas tenable !




 


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