Faut-il protéger un portefeuille boursier d’actions étrangères contre le risque de change ?

Comment peut-on protéger un portefeuille investi en titre étrangers contre la variation des devises ? C’est une question qui est souvent posée par les investisseurs en bourse quand il commencent à acheter des titres d’entreprises étrangères, et notamment des titres en dollars, devise qui a connu des variations importantes au cours de la dernière décennie, et qu’ils souhaitent effectuer une couverture de leur portefeuille contre ce risque de change.

 

Même un portefeuille composé exclusivement de titres libellés en euros inclut déjà un risque de change, sans que vous vous en rendiez toujours compte…

Si vous investissez dans un fonds d’actions de grande capitalisation ou dans des Blue Chips libellés en €, il est probable que vous soyez déjà exposé au risque de change…peut-être sans en être conscient…

Les grandes entreprises multinationales font du business dans le monde entier et en tirent des bénéfices dans différentes devises. Ainsi, le bénéfice d’une telle entreprise dépend des variations de change. Si une entreprise de la zone euro dont l’action est libellé en euros effectue 50% de ses activités en zone dollar, son résultat baissera fortement si le dollar baisse fortement. Le résultat de l’entreprise étant affecté à la baisse, l’action plongera elle-même logiquement alors que l’entreprise était bien européenne, et que vous aviez acheté son action en euros.

Danone, Michelin, Airbus peuvent être des exemples.

Stratégies de protection d’un portefeuille boursier contre la variation des devises.

Il y en fait deux possibilités pour traiter les risques de change d’un portefeuille d’actions libellées en monnaies étrangères :

  • 1. Première possibilité : prendre une assurance sur le taux de change pour dépendre uniquement de la fluctuation des cours de bourse.

Comment faire concrètement ?

 – a. On peut prendre une position sur le marché des changes, le Forex. Si par exemple, vous avez 30% de la valeur votre portefeuille en dollars américains(USD), il faudra sur 30% du portefeuille vendre des USD et acheter des EUR. Concrètement dans ce cas là, vous effectuerez un achat de contrats sur la paire EurUsd. Il existe pas mal de courtiers permettant ce type d’opération, pour un dépot modeste (car ils autorisent un levier important). Les frais pris par le broker pour effectuer le « rollover » de sa position de jour en jour sont minimes et peuvent être en première approche négligés (en tout cas sur une durée de quelques mois). Mais les brokers forex n’ont pas toujours bonne presse, et si la position de change est perdante, il faudra alimenter le compte pour des appels de marge. Ce n’est pas grave à soi car on gagnera l’équivalent sur le portefeuille actions, mais lourd à gérer car si l’appel de marge n’est pas satisfait le broker peut couper votre position sans votre autorisation : et le temps que votre appel de marge arrive jusqu’à ses comptes, les cours peuvent avoir bougé !

Exemple : Le courtier forex autorise un levier de 50.

Vous avez 24 000 $ d’actions américaines achetées à une parité Eur/Usd de 1.20.

Vous achetez 25 000/1.2=20 000 € de paire EurUsd (ce qui revient à vendre 25 000 $ et acheter 20 000 €). Pour voir le droit de faire cela, vous n’avez besoin que de déposer 400 € sur votre compte forex grâce au levier 50 autorisé par le courtier.

Si le cours du $ baisse (et donc la paire EurUSd monte) à 1.30, vous gagnez sur votre compte forex pendant que les 25000 $ d’actions américaines de votre compte-titres baissent en contre-valeur en euros. Inversement, si le cours du $ monte (et donc la paire EurUSd baisse) à 1.10, vous perdez sur votre compte forex pendant que les 25000 $ d’actions américaines de votre compte-titres augmentent en contre-valeur en euros. Mais si vous perdez 1 000 € sur votre compte forex, vous serez à – 600 €. Vous devrez donc y renvoyer 600 € + 400 € environ soit 1000 € pour ne pas dépasser le plafond de levier 50 autorisé par le courtier. Sinon, dès que ce plafond sera dépassé, le courtier coupera votre position de couverture.

– b. Une alternative plus simple et plus fiable est d’avoir un compte de marge pour le portefeuille, comme celui que propose Interactive Brokers (ou Lynx en Belgique qui s’appuie sur Interactive Brokers). Le principe est le même que ci-dessus sauf que vous logez le compte-titres et sa couverture au même endroit, donc pas de problème d’appels de marge. Ou d’utiliser un compte multi-devises.

– c. Utiliser d’autres possibilités de couverture, avec des turbos et des certificats, mais cela va revenir plus cher et est plus compliqué à gérer si ceux-ci ont des échéances de fin.

2. Seconde solution : ne rien faire et conserver ses titres en devises étrangères tels quels.

Cette seconde solution n’est peut-être pas si idiote que cela. D’abord, parce que la variation du cours de l’action dû au business sera souvent prédominante par rapport aux variations de change. Ensuite, parce que plusieurs études montrent que sur le très long terme couvrir un portefeuille diversifié dans les devises leaders n’apporte pas de surperformance. Enfin, parce qu’une entreprise américaine peut aussi avoir du business à l’international et son résultat impacté par les variations de change (similairement à ce que l’on démontrait pour une action européenne en introduction de cet article) : dans un tel cas, comment déterminer le pourcentage de la position en $ à couvrir pour être totalement « devises-neutre » ??

Christopher Browne, qui a une longue expérience de gérant value crédible et est l’auteur du petit livre pour investir à bon prix, recommande de prendre des assurances ou couvertures lorsque qu’au moins l’une des devises de la paire est « tendancieuse », tandis qu’il recommande d’opter pour deuxième solution pour les paires de devises dites majeures (EUR/USD, EUR/GBP, USD/GBP, USD/CAD, EUR/CAD, EUR/JPY et USD/JPY). Pour les devises majeures, sur le très long terme (plus de 10 ans), les choses finissent par s’équilibrer et reviennent au final moins cher que les coûts cumulés des contrats de couvertures.

Comment je procède moi pour couvrir mon portefeuille contre le risque de changes ?

Pour les devises majeures

Je considère comme devises majeures l’EUR, USD, GBP, JPY, et CAD. J’ai eu des titres dans toutes ces devises-là.

  • Je ne couvre pas en général le risque de variation de la devise, et essaie de privilégier mes achats en actions étrangères au moment où les devises sont plutôt sous-évaluées (par exemple j’avais fait beaucoup d’achats d’actions américaines avec une parité EurUsd entre 1.35 et 1.45)
    • Si la devise vient après ces achats à perdre sa sous-évaluation, je prend une couverture pour sécuriser ma plus-value de change. Par exemple, j’en ai pris à 1.12 dans ce cas-là. Je ne profitais donc pas d’une plus-value de change supplémentaire quand la parité a baissé jusqu’à 1.04. Mais maintenant qu’elle est revenu à 1.20, j’ai conservé ma plus-value effectuée entre 1.20 et 1.12 que j’aurais reperdue sinon.
  • Dans le cas  où je souhaite vraiment acheter une action dans une devise que je juge à ce moment-là plutôt surévaluée, je couvre le risque de change.
  • Si je trouve la devise ni sous-évaluée ni surévaluée je ne couvre pas.

Oui, mais comment savoir si une devise est sous- ou sur-évaluée me direz-vous ? Pour ma part, je regarde l’historique à 2, 5 et 15 ans et me fait mon idée. Oui il y a une part d’intuition…

Pour les devises mineures.

Je considère comme devises mineures toutes les autres devises : du dollar australien au rouble par exemple. J’ai plus rarement eu des titres exprimés dans ces monnaies-là.

Je couvre le risque de change, quand je trouve un moyen de le faire. Et sur les devises mineures ce n’est pas toujours évident…

 

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