Pourquoi la vente à découvert en bourse est une erreur ?

Vendre à découvert des actions parait tentant quand on juge une action surévaluée. À première vue, la vente à découvert semble en effet l’exact pendant du style gagnant value en bourse (celui consistant à acheter une action qu’on juge sous-évaluée, dont le prix semble inférieur à la valeur intrinsèque). Nous verrons que ce raisonnement est trop rapide et la vente à découvert en bourse est en fait un piètre business pouvant entraîner une perte théoriquement infinie.

 

La vente à découvert consiste à vendre une action que nous ne possédons pas en espérant la racheter ensuite à un cours inférieur. On tire donc profit d’une vente à découvert lorsqu’une action baisse après avoir effectué celle-ci. On est donc tenté de vendre à découvert des actions qu’on juge surévaluées.

Pourquoi la vente à découvert est-elle un mauvais business ?

En fait, les raisons tiennent dans seulement 2 arguments, avec la portée du second qui surpasse le 1er.

1. Vendre à découvert s’oppose à la force naturelle du marché.

Le marché monte historiquement en moyenne de 9,5% annuellement. Bien sûr, il y a des soubresauts, des années positives et des années négatives, plus ou moins fortement.

Ce qui veut dire que pour faire aussi bien que le marché, un vendeur à découvert (appelé « shorteur » en terminologie anglo-saxonne) doit trouver des actions qui déclinent de 9.5% par an. Ou autrement dit, qui sous-performent le marché de 19%.

Bref, même si on peut tempérer les taux de rendement historiques du marché actions par les faibles taux sans risque actuels,  vendre à découvert, c’est déjà partir avec un handicap, avec des dés pipés en votre défaveur.

2. Vente à découvert, gain potentiel = limité, perte potentielle = infinie.

Prenons le 1er cas : achat d’actions. Je juge une action sous-évaluée et espère qu’elle va monter. Son prix est de 100 €, j’en achète 100, j’ai investi 10 000 € :

  • Si les choses se passent mal, au pire l’entreprise fait faillite et l’action finit au tapis avec une valeur nulle. J’ai perdu 10 000 €.
  • Si les choses se passent bien, l’action monte. Il n’y a pas de limite théorique au prix de l’action à la hausse. Mon potentiel à la hausse est donc illimité.

Prenons ensuite le 2nd cas : vente à découvert d’actions. Je juge une action surévaluée et espère qu’elle va baisser.  Pour essayer d’en profiter j’effectue donc une vente à découvert en bourse. Partons sur des montants similaires d’investissement à ceux évoqués dans le 1er cas. Le prix est de 100 € et je choisis de vendre à découvert 100 actions. Ma position courte à découvert est alors à cet instant de 10 000 € :

  • Si les choses se passent bien, au mieux l’action va à zéro. Mon gain maximal est donc de 10 000 €.
  • Si les choses se passent mal, et que l’action continue à monter, c’est là que le bât blesse. Imaginons que l’action monte à 500 €, vous êtes perdant de 40 000 €. C’est cette fois-ci votre risque de perte qui est illimité… À ce moment-là, même si ne vous rachetez pas votre position, votre courtier va vouloir garantir cette somme, il va donc effectuer auprès de vous un appel de marge : il va en pratique vous demander de verser ces 40 000 €, et si vous ne vous exécutez pas il clôturera votre position de force.

La vente à découvert : horrible si vous avez transitoirement tord avant d’avoir raison.

« Le marché peut rester irrationnel plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable », J-M Keynes.

Dans cette phrase de Keynes se retrouve tout le caractère horrible de la vente à découvert en tant que business. Car reprenons notre exemple du cas n°2. Imaginons que l’actions vendue à découvert à 100 €, monte ensuite à 500 € avant de retomber à 0 €. Vous aviez au final raison : la compagnie était surévaluée et était finalement du vent. Sauf que peut-être vous n’aviez pas 40 000 € à sortir pour maintenir votre position quand l’action est irrationnellement montée à 500 € ! (après tout c’est quand même 4 fois le montant de votre position initiale…). Et donc, vous avez par la force des choses dû lâcher votre position et perdre 40 000 € (par peur de devoir verser un appel de marge encore supérieur si l’action continuait à monter)

À l’inverse, dans le cas n°1. Vous achetez l’action à 100 €. Si elle baisse provisoirement et irrationnellement à 10 €, certes vos 10 000 € ne sont devenus provisoirement « plus que 1000 € ». Mais on ne vous appelle pas d’argent supplémentaire pour tenir la position. Et donc si elle monte ensuite à 300 €, votre patience est récompensée et votre position vaut 30 000 € dont 20 000 € de plus-value.

Conclusion : croire que vendre à découvert en bourse est le symétrique parfait d’un achat d’actions est une ineptie.

Les apprentis-sorciers de l’investissement en bourse vous expliqueront que vendre à découvert pour jouer la baisse d’une action est le parfait symétrique à l’achat en bourse pour jouer la hausse. J’espère que vous avez compris à la lecture des explications ci-dessus que c’est une grosse ineptie. Et que le notion de risque n’est pas la même, et pas symétrique du tout…

Voir le livre


6 thoughts on “Pourquoi la vente à découvert en bourse est une erreur ?

  1. Bruno

    Vos explications sont limpides et dignes d’intérêt, soyez en remercié.
    Toutefois je crois avoir détecter une erreur au paragraphe 2.
    Vous écrivez à propos de la vente à découvert d’action( je vous cite) : je juge une action sous évaluée et je pense qu’elle va baisser.
    Il fallait très certainement comprendre: je juge une action sur évaluée et je pense qu’elle va baisser.
    Cordialement

    Bruno Gresset-Bourgeois

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  2. Grôme

    Bonjour Julien,
    Et si on achète un put ? La perte peut être totale, mais son montant est connu à l’avance, non ?
    Par ailleurs, selon vous quelle est aujourd’hui à aout 2017 l’action la plus-surévaluée ?

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    1. Julien DelagrandanneJulien Delagrandanne Poster auteur

      Bonjour,
      Oui c’est exact pour les puts, et une bonne solution pour connaitre à l’avance le montant maximal que l’on met sur la table (perte maximale = montant de la prime du put acheté). Par contre, vous devez prendre en compte les éléments propres aux options (volatilité, valeur temps, levier variable avec l’évolution des cours, etc.)
      A mon sens, l’action la plus sur-évaluée aujourd’hui est clairement Tesla Motors.

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  3. Loris

    Bonjour,

    Je ne vous le cache pas, je n’ai pas encore lu votre livre sur la bourse, je suis en attente de le recevoir. Mais pour le moment je lis vos articles sur votre blog.

    Il y a une chose que je n’ai pas trop saisi dans votre article. Lorsque nous achetons des actions, si nous voulons les garder et que ces dernières montent il faut que nous sortions plus d’argent ?? Je reprends l’exemple que vous citez plus haut, l’action coute 100€, l’action monte à 500€. Si j’ai disons une action de cette compagnie, et que je voudrai la garder, il faudrait que je sorte 400€ de plus pour la garder sinon je dois la vendre ?

    Pour le moment mes questions sont stupides (je ne le cache pas) mais j’espère pouvoir récupérer une meilleure idée du système comme base avec votre livre et d’autres également avant de me lancer.

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    1. Julien DelagrandanneJulien Delagrandanne Poster auteur

      Bonjour,
      Non, ça c’est seulement le cas quand vous les vendez à découvert.
      Dans votre exemple, vous achetez une action à 100 € et que son prix côte plus tard à 500 €, alors vous avez la possibilité (mais non l’obligation car en théorie vous pouvez espérer qu’elle monte encore plus haut…) de la vendre et d’encaisser une plus-value de 400 €

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