Peut-on apprendre en gérant un portefeuille virtuel en bourse ?

Commencer par gérer un portefeuille fictif est un conseil qu’on donne souvent à ceux qui veulent apprendre la bourse. Des simulateurs de bourse en ligne permettent en effet de s’exercer en gérant un portefeuille virtuel. Mais est-ce une façon efficace d’apprendre ?

 

Certains débutants qui s’adressent à moi après avoir lu Investir en bourse : styles gagnants, styles perdants me demandent si gérer un portefeuille fictif est une bonne méthode pour se perfectionner et apprendre en bourse. En réalité, je suis plutôt sceptique sur l’efficacité de cette façon de procéder et vais vous expliquer pourquoi.

Gestion d’un portefeuille virtuel : un intérêt limité.

Les portefeuilles fictifs  ont l’avantage de se présenter sous forme de simulations de bourse en ligne gratuites. Parfois, certains sites vont même jusqu’à récompenser par de petits cadeaux les investisseurs qui ont effectué les meilleures performances boursières fictives sur une période donnée.

Ou même offrir des plus gros cadeaux… A titre d’exemple, j’avais moi-même il y a quelques années gagné une somme à 5 chiffres en obtenant la première place nationale du concours de « trading boursier » organisé par le magazine Capital… Et pourtant je vous garantis que je ne souhaiterais en aucun cas utiliser aujourd’hui sur mon portefeuille réel la méthode que j’avais utilisée à l’époque pour obtenir cette très lucrative récompense… (j’aurais bien trop peur ;). )

Ainsi pour moi, gérer un portefeuille fictif en ligne n’est utile que pour sa familiariser avec l’interface des courtiers : par exemple, apprendre à passer un ordre d’achat ou de vente pour l’ultra-débutant qui ne l’a encore jamais fait. L’intérêt pédagogique ne va pas au-delà de cela. Notamment, la solution souvent promue consistant à gérer quelques temps un portefeuille virtuel avant de passer au bout de quelques mois à la gestion d’un portefeuille boursier réel me semble être beaucoup moins formatrice qu’elle ne parait.

Quand le portefeuille fictif ne peut reproduire les émotions du réel.

Un élément essentiel que doit maîtriser un bon investisseur en bourse est le contrôle des émotions. La raison doit toujours l’emporter sur les émotions, et ce, en toutes situations (y compris krach, pessimisme maximum, optimisme maximum sur les marchés etc.). Cela est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît : pour preuve, toute une branche de la recherche en finance étudie ce qu’on appelle la finance comportementale.

Fred Schwed, l’un des écrivains d’investissement les plus drôles de tous les temps, écrivait :

 » Il existe certaines choses qui ne peuvent pas être expliquées de manière adéquate à une vierge par des mots ou des images. De même, il n’y a aucune description que je puisse proposer ici, même approximative, qui expliquerait ce que vous ressentiriez en perdant une partie significative de l’argent réel que vous possédiez jusque-là. »

Cette citation de Fred Schwed résume de la façon la plus concise possible en quoi les portefeuilles fictifs et l’utilisation des simulateurs de bourse gratuits ont un intérêt limité en tant que méthode d’apprentissage, en zoomant sur le côté qui concerne les pertes potentielles.

Et le corollaire, c’est qu’en gérant un portefeuille virtuel, vous pourriez prendre des risques inconsidérés (après tout, puisque ceux-ci ne peuvent pas faire « mal » si les choses partaient dans le mauvais sens, pourquoi s’en priver ?), et ceux-ci ne pourraient pas survenir pour cette foisRésultat : vous pourriez vous laisser ainsi griser par une performance trop belle pour être vraie si les choses venaient à tourner « trop » bien à la suite de cette prise de risque…

Comme l’illustrait divinement bien Edwin Lefèvre dans Reminiscences of a Stock Operator, c’est comme la vieille histoire du gars qui a un duel au revolver de programmé pour le lendemain :

– Son second lui demande « Etes-vous confiant ? Avez-vous un bon tir ? »

– « Oui, je peux toucher le pied d’un verre de vin à 20 mètres », répond le duelliste avec un air modeste.

– Son second, peu impressionné lui rétorque : « C’est très bien. Mais pouvez-vous toucher ce pied de verre pendant que ledit verre de vin pointe un pistolet chargé tout droit vers votre coeur ? »

Comment apprendre la bourse plus efficacement, pas à pas ?

La bonne méthode, pas à pas, que je conseillerai à un débutant qui souhaite apprendre la bourse pas à pas.

1. Se former en lisant les meilleurs livres sur la bourse. C’est une étape à ne surtout pas négliger. La plupart des investisseurs qui se perdent en route et disent quelques années après « La bourse on ne m’y reprendra plus » ont en général un point commun : celui d’avoir par paresse, ou par volonté d’aller vite, sauté cette étape !

2. Commencer à investir en bourse avec un portefeuille réel, mais avec des petites sommes.

Qu’est-ce que j’entends par petites sommes ? En résumé, des sommes qui laissent la place à l’erreur et dont la perte ne vous fera itpas trop mal mais qui serait quand même une vraie perte. Car oui, il est probable que vous fassiez des erreurs au début. Mais pour que ces erreurs soient formatrices, elles doivent entraîner une vraie perte, et donc exit le confort du portefeuille virtuel à des simulations boursières à blanc.

Je peux difficilement rapporter ces sommes à un pourcentage des revenus ou du patrimoine. Ainsi, un jeune cadre qui débute avec zéro patrimoine, mais économise 50% de ces revenus peut facilement commencer en injectant 2 salaires dans son portefeuille boursier d’apprentissage. A l’inverse, pour quelqu’un qui a déjà un patrimoine équivalent à 5 salaires mais qui a mis plusieurs années à la constituer, 2 salaires cela pourra faire trop.

Bref, à vous de voir, mais en résumé : le portefeuille du débutant qui veut passer aux choses concrètes doit d’une part être réel, et d’autre part représenter une somme assez raisonnable pour que son éventuelle perte – même si évidemment désagréable –  n’ait pas de conséquences trop fâcheuses.

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One thought on “Peut-on apprendre en gérant un portefeuille virtuel en bourse ?

  1. l'gevingey

    quand on me demande combien investir, je ne réponds jamais par un chiffre.
    seulement :
    « assez pour que ça te fasse mal si tu te plantes, pas assez pour que ça te grise si tu as de la chance, et surtout : en deçà de ce qui serait létal pour ton foyer »

    Merci pour vos articles (et pour le livre que vous m’avez offert il y a quelque temps!)

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